LE SOUPIR DES VAGUES
De Koji Fukada
avec Dean Fujioka, Mayu Tsuruta, Taiga

En salles le 4 août – Japon – 1h29

En quête de ses racines, Sachiko rend visite à sa famille japonaise installée à Sumatra. Tout le monde ici essaye de se reconstruire après le tsunami qui a ravagé l’île il y a dix ans. A son arrivée, Sachiko apprend qu’un homme mystérieux a été retrouvé sur la plage, vivant. Le village est à la fois inquiet et fasciné par le comportement de cet étranger rejeté par les vagues. Sachiko, elle, semble le comprendre…

C’est un jour de statu quo naturel où le ciel semble aussi paisible que la mer, jetant son bleu dans les reflets de l’eau. Un état naturel apaisé, sans altération ni remous. Le soupir des vagues s’ouvre à Aceh, en Indonésie, coin de paradis que Sachiko a décidé de rejoindre, en quête d’un apaisement qu’elle n’a pas su trouver jusque-là. Elle qui poursuivait sa vie au Japon avec monotonie n’a pas tardé à sentir qu’elle devait régler ses comptes avec son passé pour ne plus se laisser nonchalamment balloter par le présent. Bref, Sachiko réalise qu’elle ne pourra pas être l’héroïne de sa vie sans l’investir de sens. Et quel meilleur lieu pour marquer un nouveau départ que de se rendre sur les traces du dernier voyage de son père ?

C’est ainsi qu’elle débarque chez sa tante Takako, installée à Sumatra depuis 2004, année où elle était venue en aide aux victimes d’un des tsunamis les plus dévastateurs de l’Histoire, en un temps bien moins paisible. Celle-ci l’accueille tout naturellement dans sa maison, où vit aussi son fils Takashi. Sachiko ne tarde pas à se lier d’amitié avec son cousin, mais aussi son indétrônable copain de fac, Kris, et son ancienne petite-amie Ilma, tous deux Indonésiens. Comme si l’arrivée de Sachiko ne suffisait pas à rendre la maison de Takako soudain un peu trop à l’étroit, il va même être question d’offrir l’hospitalité à un « autre » : un homme surgi des vagues, un inconnu découvert inanimé sur le sable… Qui est-il ? D’où vient-il ? Surnommé Laut (« mer » en Indonésien), il se montre aussi amnésique que muet, pourtant capable de comprendre le japonais, l’indonésien, l’anglais… Et de réaliser de bien étranges merveilles, devant un village tout entier fasciné. Contre toute attente, Sachiko s’identifie à ce jeune homme presqu’aussi mystérieux qu’elle…

Paradoxalement, la présence énigmatique de Laut se banalise comme s’il faisait partie de la famille depuis toujours, n’avait pas besoin de s’exprimer pour être instinctivement compris. Sachiko paraît chaque jour lire davantage sa nature profonde, faisant écho à la sienne. « N’ouvre la bouche que si tu es sûr que ce que tu vas dire est plus beau que le silence… » Une présence bientôt capable de relier Sachiko à ses rêves… et de cristalliser peu à peu un gracile jeu de piste amoureux entre les quatre jeunes gens qui ont décidé d’enquêter sur son origine…

Kôji Fukada multiplie ainsi les points de rencontre entre les cultures japonaise et indonésienne, sous-couvert d’influences rohmériennes, de motifs romanesques en tous genres (de Balzac à Mark Twain, le scénario étant directement inspiré de son livre « Le mystérieux étranger »). Il va jusqu’à baigner le tout d’animisme, cette croyance que les éléments ont une âme, pour parfaire l’univers nippon. Laut s’avère de fait être une personnification de la Nature. Comme elle, il peut donner la vie comme la reprendre. Son intention n’est jamais mauvaise, juste aléatoire. Notre quatuor semble comprendre l’enjeu de ce qu’il incarne, la vision d’avenir et d’espoir écologique que l’homme mystérieux est venu porter, avec les vagues.

À travers une photographie doucement vaporeuse qui rappelle celle de son sublime Au revoir l’été (2013), le réalisateur prolonge son allégorie de la connaissance de soi à travers celle de l’autre. À contre-courant de son récent thriller psychologique L’Infirmière, c’est désormais du côté de l’enchantement qu’il se tourne, alimentant nos poésies intérieures en toute philosophie et innocence. Le soupir des vagues est un film magique, dont il faut accepter les vertus salvatrices par le prisme de notre sensibilité plus que de notre raison. N’en va-t-il pas de même de l’amour ?

(oj)