TRUE MOTHERS affiche

TRUE MOTHERS

de Naomi Kawase

Avec Arata Iura, Hiromi Nagasaku, Aju Makita, etc.

Sortie le 28 juillet – 2h20 – Japon

Satoko et son mari sont liés pour toujours à Hikari, la jeune fille de 14 ans qui a donné naissance à Asato, leur fils adoptif. Aujourd’hui, Asato a 6 ans et la famille vit heureuse à Tokyo. Mais Hikari souhaite reprendre contact avec la famille et commence un étrange chantage… 

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Le regard de Naomi Kawase sur le Japon s’est toujours distingué par sa singularité : ce regard privilégiant l’émotion à la morale, y compris – et surtout – quand elle aborde des sujets délicats à manier dans la société nippone. Partant rarement de sources préexistantes, Kawase s’est emparée pour ce film d’un roman (signé Mizuki Tsujimura) qui fit grand bruit lors de sa parution en osant parler d’adoption d’enfant. Rien de très choquant vu d’Occident, à l’inverse du Japon où la chose n’existe quasiment pas. Historiquement, ce sont même les adultes qu’on y adopte afin d’élargir les lignées familiales, pallier l’absence d’un mariage entre personnes de même sexe ou rejoindre une classe sociale supérieure. Ce dont Satoko et Kiyokazu n’ont nul besoin, étant d’un milieu aisé. Ils souffrent en revanche de ne pas pouvoir avoir d’enfants. Le recours à l’adoption leur permettra de mettre un terme à ce désarroi. C’est ainsi qu’Asato se met à illuminer leur vie jusqu’aux incidents qui viennent l’émailler… À peine est-il entré à l’école primaire qu’il bouscule par mégarde une élève. Rien de bien grave, sauf pour la mère de celle-ci, qui leur réclame une compensation, estimant qu’ils peuvent se le permettre. C’est surtout peu de temps après que le couple commence à recevoir des coups de fil d’une femme se présentant comme Hikari, la « véritable » mère d’Asato… dont elle réclame la garde ! Les deux mères – biologiques et adoptives – vont se rencontrer puis s’affronter.

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Le thriller n’est pas la piste à suivre dans True Mothers. Aucun mystère n’est fait sur l’identité de la mère biologique, un flash-back introductif racontant d’office son histoire d’adolescente enceinte. C’est la notion même « d’amour maternel » que Naomi Kawase décortique, avec une dramaturgie subtile et non moins palpitante. Faut-il avoir enfanté pour le ressentir ? Peut-on aimer un enfant qui n’est pas de son sang ? Le film ne donne jamais l’avantage à une vérité plus qu’à une autre. Hikari et Satoko sont de fait sur un pied d’égalité, l’une comme l’autre sous l’œil méfiant de la société japonaise. 

Le fait que la réalisatrice interroge l’identité féminine par le prisme de la maternité n’est pas une nouveauté. Elle en a fait la matière même de plusieurs documentaires (Genpin en 2010, Naissance et Maternité en 2006). Mais True Mothers la ramène plus clairement à son propre parcours d’enfant adoptée, qu’elle transmue en un très beau mélo : Hikari et Satoko sont observées avec la même compassion, y compris quand les hommes qui les entourent – mari ou employeur – s’avèrent compréhensifs à leurs détresses respectives. Un troisième personnage féminin (la directrice de l’agence) confirme ce penchant : faisant la jonction entre les deux femmes, elle leur révèle leur capacité à aimer un enfant pour s’aimer elles-mêmes. A. M.