Standing ovation pour Le Château d’Arioka de Kiyoshi Kurosawa. Paris tendus concernant la Palme d’Or qui pourrait aller à Quelques jours à Nagi de Kôji Fukada, Soudain de Ryûsuke Hamaguchi ou Sheep In The Box de Hirokazu Kore-eda. Accueil chaleureux à De toutes les nuits, les amants de Yukiko Sode. Jeune public conquis par le film d’animation Un monde entre nous de Kohei Kadowaki et le thriller psychologique Sham de Takashi Miike. Bref, le Japon a mis le feu au Festival de Cannes !
43° 33′ 05″ nord, 7° 00′ 46″ est. Du 12 au 23 mai, il n’y a qu’un cap à tenir : Cannes et son Festival du Cinéma ! Alors que la 79ème édition de ce grand rendez-vous touche à sa fin, on ne peut que saluer la place centrale qu’a occupé le Pays du Soleil Levant. En effet, le Japon a été le pays mis à l’honneur du Marché du Film. Comment s’en étonner, avec 1200 productions chaque année ? Mais le Japon a surtout enchanté les critiques et les spectateurs, venus voir les cinq films nippons en sélection. Un panorama cinématographique aussi vaste que profond, mêlant habitués de la Croisette et nouvelles voix du 7ème art.
Une course à trois pour la Palme d’Or
Le Festival s’est ouvert avec la projection de Quelques jours à Nagi, le film qui sacre Kôji Fukada parmi les plus grands réalisateurs de son époque, en lui ouvrant pour la première fois les portes de la compétition officielle. Après avoir remporté le Prix du Jury dans la section Un Certain Regard en 2016 avec Harmonium et avoir été sélectionné avec Love on trial dans la section Cannes Première en 2025, Fukada revient avec une histoire remplie d’émotion, un lien sensible entre deux femmes que tout pourrait séparer, dans le havre de paix de la campagne nippone.
Aux côtés de Kôji Fukada, le Japon envoie en compétition deux réalisateurs qui ont noué avec Cannes une longue histoire d’amour au fil des années. D’un côté, Hirokazu Kore-eda peut vanter 10 films sélectionnés au Festival, dont la Palme d’Or pour Une affaire de famille. Avec Sheep in the box, il interroge le futur proche et l’influence que les IA pourraient avoir sur nos vécus les plus douloureux. De l’autre, déjà primé à Cannes avec Drive my car, Ryûsuke Hamaguchi a présenté Soudain, avec Virginie Efira, une parabole humaniste se déroulant dans un EHPAD. Deux films qui confirment le talent et le regard unique de leurs réalisateurs.
Kurosawa : le roi de Cannes Première
La section Cannes Première a vu le triomphe de Kiyoshi Kurosawa. Touche-à-tout et prolifique, après un été marqué par la sortie quasi-simultanée de trois de ses films (Cloud, Chime et La voie du serpent), il a été applaudi sur la Croisette pour Le Château d’Arioka, un thriller historique palpitant sur fond de Japon féodal. En explorant pour la première fois les codes du chanbara et du grand film de samouraï, la critique a salué sa mise en scène ample et somptueuse et sa richesse narrative. La projection cannoise a d’ailleurs marqué les esprits des cinéphiles : tous les réalisateurs japonais présents cette année ont assisté au film, témoignant d’une génération se réunissant autour de celui qui demeure l’un des maîtres absolus du cinéma japonais contemporain.
Dans la sélection Un Certain Regard, ce n’est pas un réalisateur mais une réalisatrice qui a tenu le drapeau du Japon. Yukiko Sode, à qui l’on doit Aristocrats, a présenté De toutes les nuits, les amants qui a charmé le public pour sa modernité et sa délicatesse, ainsi que par la maîtrise de sa mise en scène.
La jeunesse à l’écran
Qui dit Japon dit aussi animation : à la Quinzaine des Cinéastes, on a pu découvrir Un monde entre nous, premier long-métrage de Kohei Kadowaki, un ovni cinématographique explorant les tourbillons émotionnels d’une amitié adolescente. Enfin, le public de Cannes cinéphiles a assisté à Sham, dernier film de l’iconoclaste Takashi Miike portant à l’écran un thriller fiévreux basé sur une affaire tragique de harcèlement scolaire.
Si Cannes annonce les couleurs de la saison cinématographique à venir, celle-ci s’annonce résolument rouge et blanche, à l’image du drapeau japonais. À quelques heures du palmarès, les films japonais sont déjà gagnants.
Découvrez les films qui ont ému la Croisette !

1. Quelques Jours à Nagi – Kōji Fukada
Yuri, architecte divorcée, rend visite à son ancienne belle-sœur Yoriko, sculptrice installée dans le village de Nagi. Ce séjour, d’abord envisagé comme une simple parenthèse, prend une tournure inattendue lorsque Yuri accepte de poser pour elle. Au fil des séances, les silences se peuplent de souvenirs, et un lien profond, longtemps enfoui, ressurgit entre les deux femmes. Loin de l’agitation de Tokyo, Yuri se laisse gagner par la douceur du quotidien rural et la vie des habitants. Les jours passent comme si quelque chose, ici, l’invitait à rester.
Sélection Festival de Cannes 2026 – Compétition Officielle

2. Sheep In The Box – Hirokazu Kore-Eda
Dans un futur proche, Otone et son mari Kensuke, qui ont perdu leur enfant, se voient proposer un robot humanoïde totalement identique à leur fils.
Sélection Festival de Cannes 2026 – Compétition Officielle

3. De toutes les nuits, les amants – Yukiko Sode
Fuyuko mène une vie discrète et solitaire, rythmée par son travail de correctrice et quelques rares sorties avec une collègue extravertie. Sa rencontre fortuite avec un professeur de physique, avec qui elle partage une fascination pour la lumière, vient peu à peu bousculer ses habitudes. À son contact, Fuyuko commence à regarder le monde différemment, sort de son isolement et se confronte, pour la première fois, à ce qu’elle n’avait jamais osé vivre.
Sélection Festival de Cannes 2026 – Un Certain Regard

4. Le Château d’Arioka – Kiyoshi Kurosawa
Dans le Japon féodal, le seigneur Murashige se retranche dans son château et y fait prisonnier son ennemi, le stratège Kanbei, qu’il décide d’épargner. Au fil des saisons, des crimes inexpliqués viennent troubler l’ordre des lieux; Murashige mène l’enquête, mais se heurte chaque fois à une pièce manquante que seul Kanbei, depuis sa cellule, semble capable de déchiffrer. Entre méfiance et emprise, leur relation se transforme, tandis que de nouveaux meurtres surviennent et que Murashige perd peu à peu le contrôle de ce qui se joue dans son propre château…
Sélection Festival de Cannes 2026 – Cannes Première

5. Soudain – Ryūsuke Hamaguchi
Directrice d’un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d’y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l’écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible
Sélection Festival de Cannes 2026 – Compétition Officielle

6. Un monde entre nous – Kohei Kadowaki
Tsubasa et Gyotaro se rencontrent durant l’été de leur troisième année d’école primaire. Inséparables au début, leur amitié est perturbée par un incident, avant qu’ils ne se retrouvent environ 30 ans plus tard.
Quinzaine des Cinéastes 2026 – Sélection Officielle Longs Métrages

7. Sham – Takashi Miike
Seiichi Yabushita, instituteur respecté, est accusé par une mère d’avoir harcelé et humilié son fils. Très vite, la machine s’emballe. Médias, rumeurs, opinion publique : chacun impose son récit. Yabushita est alors pris dans une spirale où la vérité n’est plus qu’une version parmi d’autres.
Festival de Cannes 2026 – Sélection parallèle




