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Un film de Yukiko Sode

Drame sentimental | Japon | 2h04 | sortie en 2022.

Avec Kiko Mizuhara, Mugi Kadowaki, etc.

Sélection officielle au Festival de Rotterdam 

A presque 30 ans, Hanako est toujours célibataire, ce qui n’est pas sans déplaire à sa famille, riche et traditionnelle. Quand elle croit avoir enfin trouvé l’homme de sa vie, elle réalise qu’il entretient déjà une relation ambiguë avec Miki, une hôtesse récemment installée à Tokyo pour ses études. Malgré le monde qui les sépare, les deux femmes vont devoir faire connaissance.

Ici, nulles parties de chasse à la cour portées par les musiques de Haendel ni échanges épistolaires sulfureux, en arrière coulisse. L’aristocratie n’est plus ce qu’elle était, si manifestement opulente qu’elle pouvait inspirer des films aux décors et costumes grandiloquents. Elle est aujourd’hui un monde en repli, à l’abri dans sa tour d’ivoire, qui garde peut-être son titre et son éducation… mais a perdu ses terres. La famille d’Hanako en fait partie, qui demeure inflexible dans le maintien de son rang, attachée à un code de valeurs et à des habitus d’un autre temps, mais toujours palpables.

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La découverte d’un autre monde

Dans une logique de reproduction de caste, d’idéal de pureté, Hanako doit ainsi trouver un mari de son cru. Après quelques rencontres infructueuses vient enfin le jour où elle finit par intéresser un bel homme, doux, prévenant… et aristocrate ! Voilà le mariage arrangé avec le bel avocat. Un vrai conte de fées… Jusqu’à ce qu’Hanako tombe sur des échanges entre son mari et une autre femme. Celle-ci vient d’un horizon diamétralement opposé. Elles vont se rencontrer.

Renverser les codes de la société japonaise

Alors qu’on pourrait s’attendre à un règlement de comptes entre dulcinées, c’est le contraire qui advient dans le film. Leur confrontation amènera en elles de nouvelles vérités, puissantes, un désir brûlant de vie, de n’appartenir qu’à soi et à personne d’autre, de renverser les codes, les cloisons, le monde étriqué que leur impose la société nipponne. La réalisatrice filme avec beaucoup de délicatesse ce choc des bulles sociales, vers une connaissance salvatrice de soi, pour échapper à une destinée standard. La rivalité est remplacée par la sororité, même si l’une des héroïnes est de Tokyo et l’autre de la lointaine province, l’une est riche, l’autre sans le sou.

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Ryusuke Hamaguchi au féminin

C’est moderne et furieusement élégant. On ne saurait que vous recommander de partager leur quotidien, empreint d’une sensibilité proche de celle de Ryusuke Hamaguchi (Senses, Asako I&II, Drive My Car), l’autre explorateur des sentiments au Japon, à qui l’on pense souvent devant cette œuvre si profondément délicate, qui révèle une jeune réalisatrice d’à peine 36 ans. O.J.

Crédits photos : Art House Films