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BONNE NUIT TÔKYÔ d’Atsushiro Yoshida

Une ville a toujours (au moins) deux visages – une version diurne et une facette nocturne – et Tokyo ne déroge pas à la règle. Loin des clichés des loubards et des fêtards, les animaux nocturnes qui peuplent le roman choral Bonne nuit Tôkyô d’Atsuhiro Yoshida (Éditions Picquier) brillent comme autant de petites lucioles dans les ténèbres. Chauffeurs de taxi, standardistes, livreurs de journaux, brocanteurs : les petites mains de la nuit tokyoïte forment ici une ronde adorable.

Animaux nocturnes

Il y a des fiches de poste dont la description ne mentionne jamais officiellement « capteur de confidence ». Et pourtant, implacablement, les voici devenus des réceptacles à histoires, à secrets, à élucubrations. Ce sont les métiers-oreille. Coiffeuses et barbiers, chauffeurs de taxi, barmen et tenancières de bistrot, réceptionnistes.

Ces métiers, qui ont vocation à frapper à toutes les portes ou à ce que tous frappent à la leur, voient leur magnétisme doubler d’intensité quand ils sont réalisés la nuit. Car la lune aussi, ou est-ce l’obscurité ou alors le sommeil des justes, joue la charmeuse et fait sortir les confidences de leur panier.

C’est pourquoi les villes – car les villes ne sont rien d’autre qu’une collection de confidents – ont deux visages. Il y a les villes à la lumière du jour, les villes qui fourmillent, qui se racontent des histoires et qui avancent, imperturbables. Et il y a les villes la nuit, qui frémissent, qui stagnent, qui écoutent des histoires qui font du sur-place.

Tôkyô by night

Matsui est le chauffeur mansuet d’un taxi bleu nuit qui ne roule que la nuit. C’est autour de lui, ou plutôt sur sa banquette arrière, que se succèdent les noctambules. Il y a Mitsuki, fournisseuse sur les plateaux de tournage. Son job ? Dénicher les objets les plus improbables, aux horaires les plus inhumains, en prévision des tournages du lendemain. Il y a Kanako, standardiste chez Tôkyo 03 Assistance et voleuse occasionnelle de nèfles.

Moriizumi, elle, procède au débranchement et aux obsèques, en bonne et due forme, des téléphones fixes dont personne ne veut plus. Shuro est un énigmatique détective privé qui ne va au cinéma qu’au beau milieu de la nuit et qui remonte le fil de son passé avec la précision d’un géographe. Ayano et ses trois associées gèrent un restaurant qui n’ouvrent que de minuit à 6 heures du matin. Tout comme Ibaragi, brocanteur nocturne inspiré par les objets cassés.

Le roman commence en se donnant des airs de recueil de nouvelles, chaque chapitre se concentrant sur un client de Matsui. Mais voilà qu’imperceptiblement, la toile des coïncidences et des sérendipités se tisse au fur et à mesure. Les destins s’imbriquent. Les uns attendent, rencontrent, tombent un peu amoureux des autres. Leurs vies loufoques et un peu farfelues trouvent un écho, enfin. La nuit rapproche.

Le premier pas (en France) d’un auteur bien rodé

Bonne nuit Tôkyô est le premier roman d’Atsushiro Yoshida à être traduit et publié en France. Auteur prolifique dans son pays natal, il a publié, depuis ses débuts en 2000, plus de 40 romans. Selon nos calculs très élaborés, cela donne presque deux romans par an. Et cela donne surtout le tournis. Vivement de nouvelles traductions et un nouveau voyage dans ce Japon décalé et très doux, urbain mais surtout très humain.

EDG.

Bonne nuit Tôkyô, Éditions Picquier, 2025

Traduit du japonais par Catherine Ancelot, 258 pages, 9€