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Quand on pense à Kyoto, on imagine immédiatement les torii vermillon de Fushimi Inari, les pavillons dorés, les ruelles de Gion ou les érables flamboyants de l’automne. Pourtant, la ville dans laquelle vivent réellement ses habitants est souvent ailleurs.

C’est ce Kyoto discret, contemporain et profondément humain que révèle Sous le ciel de Kyoto d’Akiko Ohku. Là où la plupart des films utilisent Kyoto comme un décor de carte postale, la réalisatrice choisit au contraire de filmer une ville étudiante, mélancolique et quotidienne. Une ville où l’on va en cours, où l’on travaille dans un sentō après les cours, où l’on boit un verre dans un petit café de quartier et où l’on erre sous la pluie sans vraiment savoir où l’on va.

Le Kyoto des étudiants :

Le héros, Toru, partage son temps entre l’université et son emploi dans des bains publics. Ce simple point de départ raconte déjà un autre Kyoto : celui des dizaines de milliers d’étudiants qui peuplent la ville.

Contrairement à l’image traditionnelle de l’ancienne capitale impériale, Sous le ciel de Kyoto nous emmène dans les quartiers du nord-est de la ville, autour de la gare de Demachiyanagi. Un secteur bien connu des étudiants, situé au confluent des rivières Kamo et Takano, où les habitants viennent pique-niquer, lire ou simplement regarder passer le temps.

C’est là que se trouve la prestigieuse Doshisha University, dont plusieurs bâtiments apparaissent dans le film. Fondée en 1875, elle constitue avec d’autres établissements l’un des cœurs intellectuels de Kyoto. Les rues alentour sont remplies de librairies, de petits restaurants, de cafés indépendants et de logements étudiants.

Cette géographie est essentielle pour comprendre le film. Les personnages se déplacent souvent à pied ou à vélo entre le campus, les berges de la Kamo et les quartiers résidentiels voisins. On est loin du Kyoto monumental des temples : ici, la ville se découvre à hauteur d’étudiant.

Entre Kyoto et Osaka :

L’autre personnage principal, Hana, travaille à Osaka. Le film montre ainsi une réalité souvent ignorée des visiteurs : de nombreux habitants circulent quotidiennement entre Kyoto et Osaka grâce au réseau ferroviaire extrêmement dense qui relie les deux villes en moins d’une heure.

Kyoto apparaît alors comme une ville à taille humaine, plus calme qu’Osaka, où l’on revient le soir après le travail. Cette opposition discrète traverse tout le film : d’un côté l’agitation urbaine, de l’autre les promenades au bord de la rivière et les rencontres imprévues.

Cafés, bars et lieux du quotidien :

Akiko Ohku filme un Kyoto souvent absent des brochures touristiques. Les personnages se retrouvent dans de petits établissements, traversent des rues anonymes, fréquentent des quartiers résidentiels et des lieux du quotidien.

Autour de Demachiyanagi et des universités, la ville est remplie de cafés fréquentés par les étudiants, de bars modestes et d’izakaya où l’on prolonge les discussions après les cours. Ce sont ces lieux ordinaires qui donnent au film son authenticité.

La pluie y occupe une place essentielle. Elle transforme la ville en un labyrinthe de lumières reflétées sur l’asphalte. Kyoto devient alors plus proche de l’univers des habitants que de celui des visiteurs pressés.

Cette atmosphère rappelle le Kyoto que connaissent les étudiants : les petites adresses autour des campus, les soirées improvisées sur les berges de la rivière Kamo, les longues conversations qui se poursuivent jusqu’au dernier train.

Une ville excentrée par rapport à son image :

Ce qui surprend dans Sous le ciel de Kyoto, c’est justement que Kyoto semble parfois ne plus être Kyoto.

Les temples sont presque absents. Les foules de touristes aussi. À la place, le film s’intéresse à des personnages un peu perdus, qui évoluent dans une ville moderne et parfois banale. Cette approche crée un décalage fascinant : le spectateur croit connaître Kyoto mais découvre finalement une ville différente, presque secrète.

Akiko Ohku montre ainsi que l’identité de Kyoto ne se résume pas à son patrimoine historique. Derrière les sanctuaires se cache une métropole vivante où l’on étudie, travaille, tombe amoureux et traverse des périodes de doute comme partout ailleurs.

Le charme des marges :

Comme souvent dans le cinéma d’Akiko Ohku, les personnages semblent légèrement en décalage avec le monde. Ils fréquentent les marges plutôt que les centres, les lieux secondaires plutôt que les attractions principales. Cette sensibilité trouve un écho parfait dans ce Kyoto périphérique que filme la réalisatrice.

Le spectateur découvre alors une ville faite de hasards, de rencontres improbables et de chemins de traverse. Un Kyoto qui ressemble davantage à une expérience vécue qu’à une destination touristique.

Le vrai trésor de Kyoto :

Peut-être que le plus beau secret de Kyoto est justement celui-ci : ses habitants.

Le Kyoto de Sous le ciel de Kyoto n’est pas celui que l’on visite en deux jours entre les grands temples et les sanctuaires célèbres. C’est celui que l’on découvre lorsqu’on y reste plusieurs mois. Celui des étudiants qui refont le monde dans un café après les cours. Celui des travailleurs qui rentrent chez eux à vélo sous la pluie. Celui des rencontres inattendues qui transforment une ville en souvenir.

À l’image du film d’Akiko Ohku, ce Kyoto-là avance discrètement, loin des projecteurs. Et c’est peut-être pour cela qu’il demeure le plus attachant.