les-amants-sacrifies-affiche

Un film de Kiyoshi Kurosawa

Sur un scenario de Ryusuke Hamaguchi

Avec Yû Aoi, Issey Takahashi, Masahiro Higashide, etc.

En salles le 20 Octobre 2021.

Drame historique – 1h55

Art House Films

Kobe, 1941. Yusaku et sa femme Satoko vivent comme un couple moderne et épanoui, loin de la tension grandissante entre le Japon et l’Occident. Mais après un voyage en Mandchourie, Yusaku commence à agir étrangement… Au point d’attirer les soupçons de sa femme et des autorités. Que leur cache-t-il ? Et jusqu’où Satoko est-elle prête à aller pour le savoir ? 

Les amants sacrifiés : un thriller romanesque palpitant

Voilà une fiction historique magistrale, divinement alambiquée, une partie d’échec (psychologique) palpitante, un fantastique joyau comme on en voit trop rarement – à juste titre récompensé par le Lion d’argent de la mise en scène au Festival de Venise 2020 (soit le deuxième meilleur film de la sélection). À l’origine, il y a la rencontre de deux grands réalisateurs (et scénaristes) japonais – le maître de la peur, sire Kiyoshi Kurosawa, et son (très romanesque) élève Ryûsuke Hamaguchi, devenu incontournable depuis sa fresque chorale Senses (2018), ses deux sélections en compétition et son Prix du meilleur scénario remis par le Jury du Festival de Cannes en 2021. Et quand l’amour se frotte à la peur, tels deux silex noirs… La passion se propage forcément comme une traînée de poudre.

Une intrigue inextricable

L’intrigue est ainsi – pour notre plus grand plaisir – inextricable. Les manipulateurs seront à leur tour manipulés et ainsi de suite… Des renversements d’autant plus inattendus qu’ils ne sont pas régis par les mêmes logiques – les psychés tortueuses des personnages, comme autant de stratégies éparses, peinent à se rejoindre, à se comprendre, à s’anticiper. Les actes de Satoko, par exemple, sont guidés par son amour pour Yusaku, son désir de rester coûte que coûte avec lui. Si en toile de fond se profile la funeste destinée du Japon en pleine Seconde Guerre mondiale et ses sévices en Chine, Satoko souhaite avant tout se battre pour son bonheur.

Le jeu du chat et de la souris

Yusaku, en revanche, semble vouloir défendre son pays mais reste plus trouble dans ses ambitions… Cosmopolite dans l’âme, tourné vers l’Occident et ses bons whiskys (c’est le cœur même de sa profession), il ne peut se résoudre à accepter la ferveur nationaliste montante dans son pays en ce début 1941 où le Japon pactise avec l’Axe. Lui aussi aime Satoko, mais ses dilemmes intérieurs lui murmurent d’agir avant tout pour de « nobles » causes, des valeurs qu’il défend, et non pour lui-même… À moins que son motif ne soit plus inavouable… Commence alors un pernicieux jeu de chat et de la souris entre Satoko et Yusaku pour défendre leurs desseins respectifs, quitte à se mentir, à se blesser, à se trahir.

Un drame intense dans le tumulte de l’Histoire

On ressort déchiré de la projection, lessivé et meurtri par l’intensité du drame qui se joue sous nos yeux : le choc de deux libres-arbitres dans le tumulte de l’Histoire. D’autant plus que la maestria de la mise en scène, le scénario, la qualité des décors, l’ampleur picturale des images (Kurosawa a fait ses prises de vue avec une technologie audiovisuelle futuriste, le 8K) constituent, tout au long de cette intrigue captivante, un théâtre des cruautés des plus cinématographiques. À l’issue, Les amants sacrifiés du cinéaste Kiyoshi Kurosawa et du scénariste Ryûsuke Hamaguchi nous pose une question redevenue contemporaine : et vous, que feriez-vous pour rester intègres face à la menace ? O. J.

Notre avis

Rated 5 out of 5

Ajoutez votre avis