Les amants sacrifiés : la rencontre de deux maîtres

Un film de Kiyoshi Kurosawa / scénario de Ryusuke Hamaguchi / Japon / 1h55

 

Kobe, 1941. Yusaku et sa femme Satoko vivent comme un couple moderne et épanoui, loin de la tension grandissante entre le Japon et l’Occident. Mais après un voyage en Mandchourie, Yusaku commence à agir étrangement… Au point d’attirer les soupçons de sa femme et des autorités. Que leur cache-t-il ? Et jusqu’où Satoko est-elle prête à aller pour le savoir ? 

L’obtention du Prix du Scénario à Cannes 2021 pour son dernier film, Drive my car, a consacré le talent du réalisateur Ryusuke Hamaguchi quand il s’agit de sublimer des sentiments par des mots, après les réussites qu’étaient déjà ses films Senses (2018) et Asako I&II (2019). Son écriture a le pouvoir de façonner n’importe quel récit d’une profonde sincérité et à la fois d’une grande singularité.

Sa rencontre avec le maître de l’effroi Kiyoshi Kurosawa, réputé pour son style minimaliste au service d’une mise en scène virtuose, avait de quoi fasciner, et surprendre, bien que le premier fut l’élève du second. Hamaguchi y amène un romantisme qu’on connaissait peu dans la filmographie de Kurosawa, hormis en partie avec Vers l’autre rive, autre film primé à Cannes en 2015 (prix de la mise en scène de la section Un Certain Regard).

Les Amants Sacrifiés Hamaguchi Kurosawa

Les Amants sacrifiés raconte l’histoire d’un couple marié qui se retrouve pris dans une myriade de situations conduisant à des stratégies de plus en plus complexes. Ce suspense amoureux est brillamment maintenu grâce à la structure de l’intrigue et aux dialogues retors du scénariste Ryusuke Hamaguchi. Comme toujours très élaborés, ils dissimulent de fait tant de nuances et de subtilités que l’on se questionne jusqu’au bout : peut-on se fier à la parole de tel personnage ? Quelles sont les intentions profondes de tel autre ?

Si l’étrange est typique du cinéma de Kiyoshi Kurosawa, hanté par les fantômes, c’est aussi la première fois qu’il s’immisce dans la Grande Histoire, Hamaguchi ayant ainsi écrit son premier film historique à Kurosawa, qui l’attendait tellement. « La manière dont il a travaillé les dialogues en se basant sur les films japonais des années 40 me dépasse. Il a su rendre un fantastique hommage au cinéma de cette époque, notamment à Sadao Yamanaka, mobilisé en Mandchourie où il décéda, à l’âge de 29 ans » confesse Kurosawa.

Quand les opposés se complètent, cela donne un film d’une infinie richesse, aux milles recoins cachés, et qui fascine les spectateurs encore longtemps après la projection.

Retrouvez notre critique cinématographique.

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Longs métrages de Kiyoshi Kurosawa

Le cinéaste Kiyoshi Kurosawa a été le précurseur de la nouvelle vague (déchaînée!) opérée dans le cinéma japonais dans les années 1990 par son approche radicale, indiscutablement personnelle, saluée dans pléthore de Festivals internationaux (Venise, Cannes, Tokyo, etc). Entre 1999 et 2003, il enchaîne frénétiquement film sur film, fabriquant une des œuvres les plus importantes et les plus originales du cinéma contemporain.

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Longs métrages de Ryusuke Hamaguchi

Ryusuke Hamaguchi est le réalisateur et scénariste nippon le plus prometteur de son époque, au point qu’il a frôlé la Palme d’or au Festival de Cannes 2021, trois ans à peine après Une Affaire de famille de Hirokazu Kore-eda ! Il fit ses études à l’Université des Arts de Tokyo, où Kiyoshi Kurosawa fut son professeur.

À découvrir au cinéma le 20 octobre 2021.