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Un film de Kazuhiro Soda

Avec Yoshiko Yamamoto, Masatomo Yamamoto.

Documentaire | Japon | 1h59 | sortie en 2022.

Montgolfière d’or au Festival des 3 Continents 

Découvrez Professeur Yamamoto part à la retraite dans votre ville pendant Les Saisons Hanabi.

Psychiatre avant-gardiste, le Docteur Yamamoto s’apprête à prendre sa retraite. Alors qu’il organise minutieusement ses derniers rendez-vous avec ses patients, il les sent de plus en plus déboussolés de le voir partir. C’est un autre défi qui attend le Professeur à son retour chez lui…

« Ne dites jamais à un médecin votre état de santé, car il pourrait vous asservir… » Cette géniale petite phrase du film La moindre des choses (Nicolas Philibert, 1997) semble tout à fait d’actualité un quart de siècle plus tard. C’est du moins ce que dit en substance l’un des patients de Yamamoto lorsque ce dernier cherche à lui présenter un psychiatre censé le remplacer – quoi de plus légitime, à 82 ans, que de partir à la retraite ? Mais son remplaçant ne va-t-il pas le faire interner plutôt que l’écouter ? Une crainte qu’il n’a jamais eu avec le Professeur Yamamoto, résultat d’une carrière basée sur le respect et la confiance mutuels. Yamamoto fait office de guide, de figure paternelle bienveillante par excellence, indispensable à la survie de ses patients. S’il y a une part spirituelle fondamentale dans son approche, c’est qu’il est aussi et essentiellement un humaniste.

Un documentaire japonais unique

Professeur Yamamoto part à la retraite est une pépite déjà très remarquée en festival (au point de remporter la Montgolfière d’or au Festival des 3 Continents). Avec son sens du montage et sa méthode d’observation bien à lui* – nimbée d’humour, de délicatesse et d’altruisme – Kazuhiro Soda prouve qu’il est un auteur contemporain majeur. Ce qui frappe ici est la grande proximité avec le médecin qui a aboli les barrières, refusé d’enfermer les personnes dans des cases. Vous avez dit « vie privée » ? Une bonne partie de la patientèle du professeur semble posséder son numéro de portable et, retraite ou pas, il est hors de question qu’il les laisse livrés à leur sort. On se demande tout autant comment ils vont faire sans lui que lui sans eux quand vient le temps de rentrer chez soi…

Un film débordant d’amour

Kazuhiro Soda filme ses personnages avec affection, mêlant l’intime au public, abolissant les frontières avec une grande liberté de ton. Il est fabuleusement impliqué dans cette aventure, ne dissimule pas sa présence, accepte à l’occasion de partager un repas et pourquoi pas une lichette de saké ? Ici, après tout, chacun apprend à transmettre et à accueillir ces petits gestes qui font notre humanité. Ouvrant une porte secrète inédite sur le Japon et ses laissés-pour-compte, Professeur Yamamoto part à la retraite déborde d’amour. A. F.

* LES « DIX COMMANDEMENTS » DE KAZUHIRO SODA
Frustré par son expérience très standardisée de réalisateur pour la télévision, Kazuhiro Soda finit par écrire ses « 10 commandements » de la mise en scène, qu’il désigne comme son guide anti-télé. Ces 10 règles visent à laisser son esprit disponible et ouvert à l’imprévu comme aux découvertes :
• Pas de recherche
• Pas de rencontre avec les sujets
• Pas de script
• Je tourne moi-même
• Et je tourne aussi longtemps que possible
• Je couvre des zones restreintes mais en profondeur
• On ne met pas en place un thème ou un but avant le montage
• Pas de voix-off, d’intertitre, de musique
• On utilise des prises longues
• On s’autoproduit

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Crédits photos : Art House Films