Keigo Shinzo, Summer of Lave, Le Lézard Noir.

Traduit par Aurélien Estager

320 pages

15 x 21 cm

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Il faut une explosion pour qu’il se passe un truc ?

Kanematsu est l’une de ces villes où il ne se passe jamais rien, où même le temps a l’air d’avoir du mal à passer. Au lycée de Kanematsu, on pend indolemment à son adolescence comme à une branche, en attendant l’été, l’amour, la liberté, l’âge adulte. Sakurajima et Takeshi sont aussi inséparables que différents, deux amis comme on en a qu’à l’école. De ces amis qui, des années plus tard, on se demande encore par quel atome on a bien pu s’accrocher mis à part les bouillonnements de la jeunesse. Mais un bouillonnement d’une autre sorte est celui qui ouvre Summer of Lave.

Un après-midi comme les autres, la montagne qui surplombe la petite ville vomit et se révèle dans toute sa puissance volcanique. Ce qui chez nous signerait le mot de la fin, marque pourtant le début du fleurissement de Konematsu qui, grâce à l’éruption du volcan, devient en l’espace de deux ans une station thermale à succès.

Le vrai tsunami, c’est l’adolescence

Mais les deux ans d’épanouissement sans accroches du petit bourg coïncident avec l’épanouissement bien plus complexe de nos deux amis. Parce que oui, l’adolescence n’est pas un long fleuve tranquille et devenir adulte – enfin, devenir soi-même et adulte – peut paraître plus mouvementé et dévastateur qu’un tsunami.

Takeshi, sombre et pensif, charmeur malgré lui, est à la perpétuelle recherche d’une voie pour sa sensibilité à fleur de peau. Sakurajima, quant à lui, est bruyant, brouillon et casse-cou, et il n’a envie que d’une chose : tomber amoureux, là, tout de suite. Collés serrés mais de plus en plus distants, les deux garçons devront affronter leurs fantômes et leurs fantasmes lors de l’organisation du “Summer of Lave”, un festival en l’honneur du volcan qui devrait secouer la ville. C’est là que le titre de la chanson de Placebo prend tout son sens : Proctect me from what I want, “protège-moi de mes désirs”. Car oui, nos élans d’adolescent nous ont souvent coûté quelques brûlures – mais quelles explosions mémorables !…

Summer of lave, love and bromance

Keigo Shinzo, dont nous avions adoré la trilogie Mauvaise Herbe (à retrouver également dans notre boutique 100% Japon) revient avec Summer of Lave grâce au Lézard Noir et ça fait du bien ! Alors que l’été commence après ce qui nous a semblé un long hiver de deux ans, ce manga qui nous restitue toute la puissance des étés de notre jeunesse est la lecture parfaite.

Keigo Shinzo a le chic pour restituer visuellement toute la tendresse des bromances de l’adolescence (mais les filles s’y reconnaîtront aussi !) et toute la cruauté qu’est le passage douloureux et désiré vers l’âge adulte. On s’aime tellement à cette époque et, en même temps, on se rend compte que nos routes sont sur le point de bifurquer. Où iront-elles ? Vont-elles se croiser à nouveau ? On aimerait tant le savoir. Ce que l’on sait, c’est qu’on ne peut pas empêcher quelqu’un de grandir et de changer, tout comme on ne peut pas empêcher un volcan d’exploser dans toute sa majestueuse puissance.

Tant qu’il y aura quelqu’un pour se souvenir de nos années d’adolescence, l’été aura toujours un goût unique.

(edg)