Olivier Adam, Tout peut s’oublier, Flammarion.

136 x 210 mm

272 pages

Tout peut s’oublier, sauf l’actualité

Brûlant comme le sable chaud, comme le premier café, comme l’actualité. Il est des actualités qu’on préférerait qu’elles ne soient pas perpétuellement brûlantes, chaudes et douloureuses. Des actualités qui non seulement rouvrent d’anciennes blessures mais qui ont le don d’en inaugurer de nouvelles, toutes aussi fraîches et uniques que les histoires individuelles qu’elles viennent briser.

À l’instant où l’on écrit, un père français, Vincent Fichot, se trouve devant une gare de Tokyo où il a entamé une grève de la fin. Son but, récupérer ses deux enfants, soutirés par son ex-épouse et que la loi japonaise lui empêche d’approcher.

Dans une fiction douloureusement proche du fait divers, Olivier Adam explore les recoins d’une histoire similaire dans Tout peut s’oublier (Flammarion).

Toute tragédie commence par une histoire d’amour

Comme toute tragédie, cela commence souvent par une histoire d’amour. Il était une fois Nathan et Jun. Nathan a une salle de cinéma sur la côte bretonne. Il est sombre, renfermé, préférant les rebonds du cinéma aux accrocs de la vie réelle, et passionné de Japon. C’est au Japon qu’il se rend pour penser la blessure d’une rupture amoureuse. À Kyoto il rencontre Jun, jeune céramiste spontanée et tactile qui dément tous les clichés.

Elle fait le grand pas et quitte le Japon pour la Bretagne. Ici le couple a un enfant et la routine typique des couples mixtes. Leurs amitiés se forgent autour de cette même mixité de besoins et de nostalgies. Sept ans plus tard, le couple se sépare : Jun s’en va. Nathan est trop misanthrope, trop silencieux, trop mou, trop flegmatique. Le temps se scande sur l’alternance des semaines avec et sans le petit Léo. Jusqu’à un jour où l’école appelle : Léo n’est pas venu à l’école. Il n’est ni à l’école, ni à la maison, ni nulle part. Il s’est envolé sans prévenir avec sa mère pour le Japon.

Des enfants enlevés… par leurs parents

Au Japon, la garde partagée n’existe pas et, suite à un divorce, l’autorité parentale est endossée par un seul et unique parent. Dans les couples mixtes, ce parent est souvent le citoyen japonais. Ceci engendre la préoccupante donnée de 150.000 enfants enlevés par un parent chaque année dans l’encore plus préoccupante sérénité des autorités compétentes.

C’est ce qui arrive au bien réel Vincent Fichot, c’est le destin de Nathan, le protagoniste de Tout peut s’oublier. Gardes à vue interminables et inhumaines, interrogatoires à charge et une issue incertaine, malgré un travail des instances internationales pour que le Japon accepte de signer des conventions partagées.

La parentalité est un sport de combat

Qu’arrivera-t-il à Nathan au fil des pages ? Que deviendront tous ces pères et quelques mères à qui l’on arrache leurs enfants et qui se damnent pour les revoir ? Tout peut s’oublier explore la parentalité face aux écueils, aux ruptures avec l’autre parent, aux ruptures avec un enfant devenu soudainement adulte et étranger à soi. Une parentalité remplie de doutes et de chagrin. Des hommes et des femmes qui se rapprochent à force de poings en commun. Jusqu’où seront-ils prêts à aller pour leurs enfants – et à quelle condition ?

De la côte bretonne aux ruelles kyotoïtes en passant par de belles divagations cinéphiles, le lecteur part en voyage en long et en large, mais surtout en profondeur.

(edg)