
Durian Sukegawa, Pour que renaisse le soleil, Éditions Hauteville.
Traduit du japonais par Myriam Ayachi
198 pages
Parution : mars 2026
D’un jour à l’autre, le soleil a disparu. Mais pour Yoshie, qui vient de perdre son fils unique, cela ne change rien : son soleil à elle ne reviendra pas. Jusqu’à ce qu’un mystérieux petit garçon ne rentre dans son café et l’oblige à sortir de son cocon de douleur… Pour que renaisse le soleil (Éditions Hauteville) signe le retour de Durian Sukegawa après le succès mondial de son best-seller Les délices de Tokyo. Un roman sensible et profond où se mêlent réalité et fiction, vie et rêverie, passé et présent.
Dystopique et atypique
Gros défi de la chroniqueuse : éviter les spoilers. Gros problème pour la chroniqueuse : les spoilers interviennent dès le chapitre 2. Parce que cette information sera l’unique spoiler de la présente chronique, me voici dans de beaux bras. Commençons donc par le commencement – c’est bien la seule chose qui reste à faire.
« Un jour, le soleil disparut. » On ne peut pas plus dystopique comme commencement. En effet, le monde a mystérieusement été enveloppé par les ténèbres et le soleil est aux abonnés absent. Le roman pourrait prendre immédiatement la tangente de la science-fiction mais pas du tout : en effet, nous tombons immédiatement nez-à-nez avec Yoshie, la septuagénaire protagoniste du roman, et Yoshie s’en contrefiche de cette nuit sans fin.
Si rien ne change pour elle, c’est que son cœur est déjà plongé dans l’obscurité. Kentarô, son unique fils, est décédé de karōshi, de surmenage au travail. Il avait tout 40 ans, mais c’était la prunelle des yeux de sa mère. Toute recroquevillée sur sa douleur, Yoshie n’ouvre même plus son petit café. À quoi bon ?
Toc, toc, toc…
Sauf qu’un jour, quelqu’un toque à sa porte. Ce quelqu’un, c’est un enfant sorti de nulle part. Il n’a pas l’air d’avoir de parents, ni de maisons, ni de soucis majeurs. Mais il a une quête : il veut retrouver le soleil. Par dépit et parce que ce gamin lui rappelle quand même beaucoup son Kentarô, Yoshie s’embarque avec ce petit inconnu dans l’aventure d’une vie.
Au fil de celle qui sera une épopée sur plusieurs niveaux narratifs, mêlant le vrai et le faux, la vie et la fiction, le rêve et le souvenir, Yoshie rencontrera des gens. Des gens qu’elle connaît, qu’elle ne connaît pas, qu’elle ne connaît plus, qu’elle croit connaître. Et se (re)connaîtra elle-même. Désolée, je ne peux pas en dire plus.
Dialogue avec les souvenirs
Ce que Yoshie et Hyô, personnage dont je ne saurais vous parler davantage, vivent dans Pour que renaisse le soleil, c’est l’exploration aventureuse de la mémoire. La recherche métaphorique du soleil, c’est la volonté de fendre les ténèbres et diluer le brouillard dans lesquels nous plonge la douleur, l’amertume. Dans le cas de Yoshie, cet acte de dilution du brouillard, c’est le deuil.
Dans une société comme la nôtre qui souhaite reléguer la douleur à la vie privée et à une parenthèse la plus courte possible, le deuil est une activité (littéralement) contreproductive. Souffrir, c’est ne servir à « rien ». Mais Sukegawa nous montre avec profondeur (et pourtant sans lourdeur) que le deuil est un voyage extraordinaire, un parcours qui relie le passé et l’avenir, le tangible et l’impalpable.
Un auteur aux mille casquettes (et une toque blanche)
Durian Sukegawa s’est frayé un chemin dans le cœur des lecteurs du monde entier après le succès international de Les délices de Tokyo. Traduit en plusieurs langues et multi-récompensé, le roman a également été adapté au cinéma par Naomi Kawase, qui lui a consacré un film au même nom avec le monument Kirin Kiki.
Loin d’avoir un parcours tout tracé, Durian Sukegawa (Tokyo, 1962) est diplômé de philosophie et… de l’École de pâtisserie du Japon ! Chanteur, chroniqueur à la radio ou à la télé, il est également le fondateur de la Sakebu Shijin no Kai, la Société des Poètes qui Hurlent.
Ce parcours riche et bariolé, qui n’a pas peur d’être éparpillé ou contradictoire, enrichit les romans de Sukegawa et Pour que renaisse le soleil en particulier : dystopie, roman épistolaire, drame intime, rêverie, chronique de guerre. Tout y est, harmonieusement, comme une recette goûtue et équilibrée, digne des… Délices de Tokyo !
(edg)




