"Manga" de Nicole Coolidge Rousmaniere et Matsuba Ryōko

Nicole Coolidge Rousmaniere et Matsuba Ryōko, Manga, Éditions de La Martinière.

Traduction de : Jean-François Cornu

Prix : 34,90 €



De ses origines insoupçonnées dans la nuits des temps à ses évolutions technologiques, le manga est une industrie culturelle milliardaire et une façon unique de construire une narration à travers les images. Qu’on soit férus de BD ou complètement novice, qu’on ait 9 ou 99 ans, Manga de Nicole Coolidge Rousmaniere et Matsuba Ryōko est une bible retraçant à travers des entretiens, des papiers, des reproductions et des morceaux choisis l’histoire séculaire (et encore toute à écrire) d’un support culturel unique, à la fois 100% nippon mais universel dans sa portée et son succès.

 

 

Kawanabe Kyōsai (1831-1889),  Shintomiza Kabuki Theatre Curtain, 1880

©Tsubouchi Memorial Theatre Museum, Waseda University

 

 

Apprendre à « parler manga couramment », ça vous dit ? C’est la mission titanesque de Nicole Coolidge Rousmaniere, directrice de recherche à l’Institut Sainsbury des études sur les arts et les cultures du Japon et professeure d’art et de culture du Japon à l’University of East Anglia, en Grande-Bretagne. Elle a été la commissaire de l’exposition « Manga ンガ » organisée au British Museum en 2019 et c’est dans le socle de cette exposition que naît l’imposant et magnifique Manga, plus de 300 pages en grand format, fruit d’une coédition signée Kana et les Éditions de La Martinière.

 

 


Hoshino Yukinobu, Professor Munakata’s British Museum Adventure, 2011
© YUKINOBU HOSHINO/SHOGAKUKAN INC.

 

 

Oubliez les catalogues reproduisant platement le contenu d’une exposition. Manga, c’est mille choses à la fois : grammaire, livre d’histoire, anthologie de morceaux choisis, série d’entretiens avec les auteurs qui ont fait l’histoire récente et moins récente du manga, reproductions de pépites rares. L’exposition au British Museum à laquelle le livre fait écho a eu l’immense mérite non pas de donner au manga une sorte d’aval culturel qu’il n’a point besoin de demander, mais de présenter le manga pour ce qu’il est : une technique unique et très fine de « storytelling » où l’image a un rôle central dans la communication d’un message, d’une histoire. Le livre pousse l’analyse encore plus loin en offrant un panorama aussi vaste que profond sur cet art de la narration.

 

 


Komani Kanata, Chi’s Sweet Home (2004-2015)

© Konami Kanata / Kodansha Ltd.

 

 

La première partie, « Comprendre le manga », est une sorte de boîte à outils pour comprendre la structure d’un manga, son sens de lecture et ses symboles (manpu). La deuxième partie nous plonge dans son histoire. Ses origines remontent pratiquement à un millénaire et aux rouleaux peints (emakimono) à caractère satirique mais c’est avec l’ère Meiji et la rencontre avec la culture occidentale et son savoir-faire industriel que le manga prend son envol et se donne les moyens d’arriver au plus grand public. On part ensuite à la découverte des très nombreuses catégories de manga, répartis par âge, sexe, thématique, allant de la musique au sport, de l’histoire à la science fiction jusqu’au récit érotique. Ensuite, le livre explore comment le manga s’est en quelque sorte incarné dans la société : les conventions de passionnés, les cosplayers, la présence visuelle du manga dans l’espace urbain, etc. L’essai se conclut avec les élans du manga vers d’autres médias  – la naissance de l’anime, sa présence dans les jeux vidéos… – et son futur, encore à écrire et à dessiner.

 

Avec ses images mirifiques, son approche pédagogique mais jamais scolaire, ses entretiens passionnants avec les maîtres du métier, Manga a le véritable talent de brasser un public aussi vaste qu’hétérogène et de faire jaillir d’insoupçonnables passions chez les lecteurs les plus inattendus.

 

 

 

(edg)