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Hanabi

LES SOUVENIRS

La note d’Hanabi4,7 sur 5

Yuta se rend dans une petite ville de Kyushu pour prendre soin de son beau-père Makoto, qui se remet d’une fracture à la jambe. Tout en l’aidant dans son studio photo traditionnel, il commence à filmer les détails du quotidien et partage ces images avec sa femme Yuki et leur fille Hana, restées à Tokyo. Au fil de ces échanges se dessine le portrait d’une famille unie par les souvenirs.

Prix du meilleur premier film à Tribeca, une chronique familiale d’une infinie tendresse, tournée en 16 mm, sur la mémoire et le pouvoir des images à préserver nos liens.

« Je me souviens de ce mois de janvier à Tokyo. Ou plutôt je me souviens des images que j’ai filmées au mois de janvier à Tokyo. Elles se sont substituées à ma mémoire. Elles sont ma mémoire. Je me demande comment se souviennent les gens qui ne filment pas, qui ne photographient pas, qui ne magnétoscopent pas », s’interrogeait Chris Marker dans Sans Soleil (1983). Quarante ans plus tard, alors que nos téléphones débordent de clichés que nous ne regarderons peut-être jamais, le cinéaste aurait trouvé matière à un nouveau Sans Soleil ! Que cherchons-nous donc à retenir si frénétiquement ? Avec Les Souvenirs, récompensé par le Prix du meilleur premier film à Tribeca, Miiku Sakanishi signe une délicate méditation sur ces instants que l’on voudrait retenir pour ne jamais perdre ceux qu’on aime.

Loin de Tokyo, la poésie des petits riens du quotidien

Tout commence par une séparation, de soixante jours exactement. Une éternité pour la petite Hana ! Son père Yuta doit quitter Tokyo pour prêter main-forte à son beau-père Makoto – un vieux photographe immobilisé par une jambe cassée, dans la campagne de Kyushu. « Soixante petits-déjeuners ». Et si Hana en mangeait plusieurs par jour, reviendrait-il plus vite ? Après ces ferventes négociations, le ferry part dans son nuage d’écume. Pour tromper l’absence, Yuta et sa femme Yuki s’envoient des fragments du quotidien : photographies, vidéos, messages vocaux… Rien de bien extraordinaire, a priori ! Mais c’est précisément dans ces petits riens que Sakanishi trouve la matière de son cinéma. À Kyushu, loin de l’agitation tokyoïte, les plans s’étirent et le temps semble avoir renoncé à toute précipitation. Entre les clients du studio photo et les promenades avec le chien de Makoto, Yuta découvre un nouveau rythme auquel il prend goût, presque malgré lui. Chaque matin, il retrouve les mêmes paysages, croise les mêmes silhouettes, prête l’oreille à des mélodies de plus en plus familières… Ces détails deviennent autant de rendez-vous attendus. Et il suffit que l’un d’eux vienne à manquer pour en mesurer tout le prix.

Le pouvoir de l’image à l’épreuve du temps

Filmée dans un superbe 16 mm, la campagne japonaise se nimbe de la texture d’un souvenir, comme si le présent portait déjà en lui la nostalgie de sa disparition. Et puis il y a aussi ces petites machines à défier l’oubli que sont nos appareils photo. D’un côté, Makoto, artisan de portraits soigneusement composés, sait arracher un sourire aux enfants les plus récalcitrants. De l’autre, Yuta dégaine son téléphone à la moindre occasion pour saisir des moments sans apprêt. Deux générations, deux façons de regarder. Mais que reste-t-il d’un instant lorsqu’on en a oublié les sensations ? Makoto, lui, aura passé sa vie à immortaliser celle des autres sans pouvoir retenir ce qui disparaît de la sienne. Entre le vieil homme taciturne et son gendre, les images deviennent peu à peu un langage commun, à défaut de grandes confidences. Porté par la retenue de Tasuku Emoto et d’Issey Ogata, Les Souvenirs a des airs d’album que l’on feuillette en famille, sans se presser. Et si le pouvoir des images n’était pas seulement de nous ramener vers le passé, mais aussi de nous rendre plus attentifs au présent ?

O. J.

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