Aller au contenu
Hanabi

FUJIKO

La note d’Hanabi4,8 sur 5

Affiche

Shizuoka, 1977. Fujiko donne naissance à Mari au milieu d’une tempête et d’une coupure d’électricité. Bien décidée à élever seule sa fille, elle se jette à corps perdu dans sa nouvelle vie, rythmée par les petits boulots, les galères et les préjugés tenaces. Mais avec son énergie débordante et son indomptable joie de vivre, Fujiko pourrait bien faire vaciller les certitudes du Japon de son époque.

Inspiré par l’histoire de sa propre mère, Taichi Kimura signe une irrésistible quête de liberté dans le Japon des années 1970, couronnée de nombreux Prix du public à travers le monde.

Il y a des gens à qui la vie ne fait guère de cadeaux. Mais qu’à cela ne tienne, Fujiko ne manquera pas de lui rendre la monnaie de sa pièce ! Dans le Japon des années 1970, où l’on attend des épouses qu’elles obéissent à leur mari et des mères qu’elles se sacrifient sans broncher, Fujiko fait figure de drôle d’oiseau. Supporter plus longtemps un bonhomme qui n’a de courage que celui d’obéir à sa mère ? Non merci. Courber l’échine devant une marâtre tyrannique et une belle-sœur acariâtre ? Encore moins ! Lorsque ces dernières lui arrachent sa fille Mari, à peine née, pour mieux renvoyer Fujiko travailler à l’usine et empocher son salaire, la coupe est pleine. On ne l’y reprendra plus ! Nouveau programme : divorce, petits boulots, galères en cascade, reproches familiaux à n’en plus finir… et une irrésistible quête de liberté, avec un bébé dans les bras. La société aura beau lui prédire un avenir des plus sombres, Fujiko n’a pas son pareil pour transformer les coups du sort en nouveaux départs. Et si elle doit apprendre à être mère, elle entend bien le faire à sa façon, sans demander la permission.

Une quête de liberté exaltée sur fond de rock’n’roll

Inspiré par l’histoire de sa propre mère, Taichi Kimura signe une comédie d’une vitalité contagieuse, où l’on rit volontiers de situations qui auraient pourtant de quoi faire pleurer. Car il faut bien remplir les assiettes et payer les factures ! De serveuse dans un petit café à cuisinière dans un club de jeux clandestins, jusqu’à devenir une redoutable vendeuse d’assurances, notre héroïne ne manque décidément ni de ressources ni d’imagination. Et le cinéaste non plus ! Avec son humour décalé et ses situations rocambolesques (à commencer par les querelles familiales qui prennent des allures de règlements de comptes entre yakuzas), Fujiko est une vivifiante leçon d’émancipation, à juste titre couronnée de nombreux Prix du public à travers le monde. Une leçon d’autant plus touchante que Fujiko, magnifiquement incarnée par Yuki Katayama, n’a rien d’exemplaire. Impulsive, aussi aimante que têtue, elle commet des erreurs mais toujours rebondit, revendiquant avant tout le droit de vivre à sa guise. À cette héroïne rock’n’roll, Kimura offre une mise en scène pleine d’inventivité, au montage génialement exalté, qui fait d’autant plus résonner sa soif de liberté sans jamais sacrifier l’émotion à la fantaisie.

Rencontres bienheureuses et soba faites maison

Et puisqu’il est question de remplir les assiettes, impossible de ne pas évoquer la place onctueuse qu’occupe la cuisine dans cette aventure ! Le cinéma japonais nous régale comme aucun autre avec des scènes où la préparation d’un plat devient un art à part entière et où les sentiments se disent parfois mieux avec des baguettes qu’avec des mots. Fujiko ne déroge pas à la règle. Dans son modeste restaurant, un vieux cuisinier, un brin bourru mais à la générosité infinie, recueille à sa manière Fujiko et Mari autour de savoureux bols de soba fumantes. La caméra s’attarde sur ses gestes minutieux, la vapeur qui s’échappe du bouillon, les nouilles préparées avec un soin presque cérémoniel. Rien de spectaculaire et pourtant tout est là : la tendresse, le réconfort, cette attention à l’autre qui n’a nul besoin de grandes déclarations. Dans une société prompte à juger et à condamner, ces petites manifestations de bonté prennent une saveur toute particulière. Car si Fujiko doit son salut à son indomptable volonté, elle le doit aussi à ces rencontres qui lui rappellent qu’on ne traverse jamais tout à fait seul les tempêtes de l’existence. Et qu’un simple bol de nouilles peut suffire à réchauffer le cœur !

O. J.

La newsletter Hanabi

Le Japon, dans votre boîte mail.

Cinéma, culture, société : retrouvez les actualités de Hanabi.