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Hanabi

DISASTER

La note d’Hanabi4,9 sur 5

Bande-annonce

Au Japon, des décès inexpliqués surviennent aux quatre coins du pays. Chargée de l’enquête, l’inspectrice Domoto rassemble des indices épars, explore des scènes sans connexion apparente et reconstitue des trajectoires qui ne se croisent jamais. À mesure que les pièces s’assemblent, un homme à l’allure changeante apparaît en marge de chaque drame, toujours présent mais jamais directement impliqué…

Grand Prix à Reims Polar, un thriller insaisissable qui joue avec nos nerfs et brouille nos perceptions. Une enquête vertigineuse qui vous poursuivra longtemps après la séance.

Quel crime plus parfait que celui dont personne ne soupçonne l’existence ? Avec Disaster, couronné du Grand Prix au Festival Reims Polar, Yutaro Seki et Kentaro Hirase signent un thriller vertigineux qui devrait donner bien du fil à retordre aux amateurs de polars ! Tous les ingrédients du genre y sont pourtant réunis : des morts suspectes, une enquêtrice obstinée, un mystérieux individu qui rôde autour des victimes, s’immisçant dans leur intimité pour mieux frapper… Mais c’est sans compter sur l’ingéniosité des deux cinéastes, qui prennent un malin plaisir à brouiller les pistes ! Nous voilà enquêteurs à notre tour, échafaudant mille hypothèses dans un dédale de coïncidences et de fausses évidences. De quoi faire de notre perplexité le moteur même du suspense… Car comment démasquer le mal lorsqu’il se glisse dans les gestes les plus ordinaires et ne présente aucun des signes auxquels nous sommes habitués ?

Un homme aux mille visages, fil rouge des morts mystérieuses

Au départ, rien ne semble relier les malheureux protagonistes de cette histoire : une lycéenne délaissée par ses parents, un chauffeur hanté par son passé, une dame de ménage solitaire, un hôtelier croulant sous les dettes… Tous éparpillés aux quatre coins du Japon, histoire de corser l’affaire ! Leur seul point commun semble être une existence passablement cabossée. Jusqu’à ce que la mort vienne brutalement mettre un terme à leurs tourments… Accidents ? Suicides ? La police paraît s’en satisfaire, à l’exception de l’inspectrice Domoto, qui a remarqué un détail pour le moins curieux : une mèche de cheveux a été coupée sur chaque cadavre. Et puis il y a cet homme, dont la présence semble précéder chacune de ces tragédies… Tantôt professeur bienveillant, tantôt employé serviable ou passant affable, il change d’identité comme de chemise, se fondant dans le quotidien de ses futures proies avec une aisance déconcertante. Sous les traits de l’extraordinaire Teruyuki Kagawa (Shokuzai), véritable caméléon à la bonhomie aussi rassurante que suspecte, ce personnage cultive un art redoutable : celui d’inspirer confiance. Un sourire avenant, une oreille attentive, quelques paroles réconfortantes… Il n’en faut pas davantage pour que ses interlocuteurs lui ouvrent leur cœur, voire leur porte. Mais qui est-il vraiment ? Un manipulateur hors pair, un assassin sans scrupules ou l’incarnation d’une menace d’une toute autre nature ?

L’ombre planante de la menace invisible

Et c’est bien là que Disaster se révèle autrement plus subtil qu’un banal film de tueur en série. Ni effusions sanguinolentes, ni sursauts à répétition. L’angoisse naît de ces conversations anodines dont on pressent confusément qu’elles pourraient tout faire basculer. Avec une précision presque chirurgicale, les deux cinéastes transforme les espaces familiers en théâtres d’une menace invisible. Les vitres, les miroirs et les reflets multiplient les faux-semblants tandis que la violence, presque toujours reléguée hors champ, n’en devient que plus obsédante. Derrière cette mécanique policière savamment orchestrée se dessine une peinture féroce de la société japonaise contemporaine. Car notre bonhomme a ceci de particulièrement pervers qu’il surgit au moment où ses victimes ont le plus besoin d’une main tendue… Est-il l’artisan de leur perte ou le révélateur d’une société incapable de prendre soin des siens ? Le titre prend alors tout son sens : la catastrophe n’a pas forcément besoin d’un tremblement de terre pour frapper. Elle peut aussi prendre les traits du plus aimable des inconnus. Et si le mal prospérait moins dans la monstruosité de quelques individus que dans l’indifférence générale ?

O. J.

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