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Imaginez une Ronde de Schnitzler si l’écrivain autrichien avait planté son décor dans un lycée japonais. Les protagonistes de Lovers’ kiss d’Akimi Yoshida (Panini) sont tous interconnectés par des liens familiaux, amicaux, sentimentaux. Fréquentant le même bahut, ils finissent par tomber amoureux, avec plus ou moins de succès. Un manga culte sur la fin de l’adolescence, sur les premiers amours qui sont toujours grands et purs et qui font de nous des adultes.

Girls who want boys who like boys to be girls

En fait, vous savez quoi ? Oubliez La ronde de Schnitzler, le XIXe siècle et les rues de Viennes. On est sur la mer, à Kamakura, l’été approche et l’air est doux. On est en 1995 et l’année scolaire – la toute dernière – va bientôt se terminer pour Rikako et ses camarades. C’est l’entre-deux-saisons : le printemps cède la place à l’été et l’adolescence s’écarte pour laisser passer l’âge adulte. Comme le dit Françoise Hardy, « c’est le temps de l’amour, le temps des copains et de l’aventure ».

Et parce que nous sommes en 1995, on fredonne le morceau Girls & Boys de Blur et ce n’est pas un hasard. « Looking for girls who want boys / Who like boys to be girls / Who do boys like they’re girls / Who do girls like they’re boys. » Lovers’s kiss, prépublié de 1995 à 1996 dans de 1995 à 1996 dans Bessatsu Shojo Comic, se divise en trois parties : Boy meets girl, Boy meets boy et Girl meets girl. Car au lycée de Kamakura, le chassé-croisé de l’amour ne connaît pas les préjugés.

Le temps de l’amour, le temps des copains

Tout commence par le boy qui meets la girl. Lui, c’est Tomoaki Fujii ; elle, c’est Rikako Kawana. Lui a la réputation du fils de riches et du Don Juan ; elle, celle de la fille facile. Alors qu’ils tombent sans grandes cérémonies dans les bras (enfin, dans le lit) l’un de l’autre, quelque chose fait tilt. Ces deux écorchés de la vie entrevoient la souffrance de l’autre. L’amour saura-t-il adoucir ces deux cœurs de pierre ?

Autour d’eux, une foule de frères, de sœurs, de potes, de camarades dont les élans amoureux et amicaux s’emboîtent les uns dans les autres. Il y a Eri, la sœur de Rikako (ça se passe très mal). Et puis, il y a Miki, sa grande amie (ça se passe plutôt bien mais ne lui parlez pas de Fujii). Il y a Takao, l’ancien camarade de Fujii (ça se passe bien). Et il y a Sagisawa, son binôme au sport (c’est plus compliqué). Mais entre Sagisawa et Eri, ça file comme sur des roulettes. Vous en dire plus ? Ce serait vous priver du délice de l’intrigue…

I want to break free

Si on ne vous dévoile pas qui sont les protagonistes des chapitres « Boys meets boy » et « Girls meets boy », on jubile de voir l’équité de traitement entre les trois parties de Lovers’ kiss. Et ce, au milieu des années 1995. Si les personnages queer d’Akimi Yoshida savent bien que leurs amours ne sont pas perçues comme les autres dans le Japon des nineties, l’autrice, elle, n’en a que faire.

Que l’objet de l’amour soit une fille ou un garçon, l’amour a un seul visage : l’adolescence. Il s’agit toujours d’amour totaux et purs, prêts à attendre et à sauter, des amours qui n’ont pas besoin de contreparties, qui se suffisent à eux-même. Nous vivons à une époque où la productivité et l’optimisation ont pollué l’amour. Alors, revenir en arrière de 30 et retrouver les battements emballés de ses 18 ans est un elixir de longue vie.

Avec Lovers’ kiss et ses dessins épurés, Akimi Yoshida nous rends ces années-là, ces étés-là, ces amours-là. Gravés à jamais.

(edg)

Akimi Yoshida, Lovers’ Kiss, Panini.

Traduit du japonais par Nathalie Lejeune

378 pages

15X21 cm