Jardins japonais du musée Albert-Kahn

Musée départemental Albert-Kahn
10-14, rue du Port
92100 Boulogne-Billancourt

Mail : museealbertkahn@hauts-de-seine.fr
Téléphone : 01 55 19 28 00

 

Horaires d’ouverture du jardin : Du mardi au dimanche : 11h – 18h
Fermeture le lundi

 

Tarifs : 4€ plein tarif, 3€ tarif réduit, gratuit pour les moins de 18 ans



L’émerveillement est toujours où on ne l’attend pas et l’inattendu est généralement à côté de nous, tout près. C’est à Boulogne-Billancourt, aux portes de Paris, que se cache par exemple l’un des plus beaux jardins (presque) secrets d’Île-de-France, le monumental et pourtant si discret « jardin de scènes » du Musée départemental Albert-Kahn. Au cœur de ce havre de verdure se nichent deux jardins et un village japonais. Dépaysement assuré, au prix d’un ticket de métro.

 

 

Il est 15h ce mardi 12 novembre 2019. Le ciel était dégagé à 14h et se désengorgera à nouveau, sublime et parfaitement indifférent aux impératifs de mon emploi du temps, à 16h. Mais là, il grêle sur ma tête et sur les jardins du Musée Albert-Kahn. Il grêle sur les toits en chaume du village japonais, il grêle dans le bassin des carpes et contre les hauts murs de bambou, ça fait toc-toc sur les deux petits ponts en bois qui se jettent, plus paisibles que moi sûrement, d’un côté à l’autre du lac. Mais. Mais quel bonheur transitoire néanmoins. Je me demande si les carpes sentent les pépins glacés leur tomber sur le dos. Qu’est-ce que ça leur fait, aux carpes koï, qu’il grêle sur l’eau ? Je me demande si les érables du Japon sont conscients de l’effet délicieusement dévastateur qu’ils ont sur nous autres, les mélancoliques, avec leur feuillage couleur incendie. Je me demande si ce n’est pas après tout un luxe d’être ici presque seule, l’automne et moi.

 

Depuis septembre 2019 et alors que le musée se donne encore un peu de temps pour se refaire une beauté, les jardins Albert-Kahn ont, eux, rouvert leurs portes, flamboyants de renouveau et en même temps fidèles au projet humaniste de leur créateur. Créés en 1895 par le banquier utopiste Albert Kahn, ils se veulent la métaphore d’un monde pacifié où les différentes cultures se fondent l’une dans l’autre sans à-coups ni hostilité. En effet, en plus du secteur japonais, le parc comprend un jardin anglais et un jardin français, une serre aux allures féériques qui domine un verger-roseraie et trois variations sur la forêt, la « forêt bleue », avec ses cèdres de l’Atlas et ses épicéas du Colorado qui recouvrent le sol d’une lueur de fond marin, une forêt dorée de bouleaux et une forêt vosgienne de 3000 m2.

 

Mais c’est sûrement dès l’entrée que le visiteur renonce d’emblée à ses vieux repères quand, passé un petit portail en bois, il se retrouve dans un véritable village japonais avec deux maisons traditionnelles et un pavillon de thé. Car il faut parfois un visionnaire, voire un fou, pour faire des heureux, c’est en 1898, suite à un premier voyage au Japon, qu’Albert Kahn décide de recréer – pourquoi faire moins quand on peut faire plus ? – un village grandeur nature en faisant venir du Pays du Soleil-Levant deux maisons en pièces détachées et leur mobilier.

Aux côtés de ce village traditionnel se déploie le « jardin japonais contemporain » imaginé en 1988 par le paysagiste Fumiaki Takano, qui remplace le jardin original de 1908. Fort des principes régissant l’organisation, voire le rôle philosophique, du jardin japonais, cette parcelle est constituée d’éléments naturels, aquatiques et rocheux évoquant la vie du banquier, celle-ci jaillissant d’une montagne conique, évoluant le long d’un tortueux cheminement de galets et se terminant dans un tourbillon inversé. Des lanternes et des statues complètent le jardin, tout comme deux ponts traditionnels et des pas japonais au dessus des étangs.

 

 

Si seulement ce jardin de scènes était la reproduction fidèle d’un monde aux transitions fluides, aux mitoyennetés douces, l’humanité serait certes déboussolée, mais jamais perdue.

 

 

(edg)