Fantômes et Enfers d’Asie

Du 10/04 au 15/07

Musée du Quai Branly-Jacques Chirac — infos pratiques sur le site du musée.



“Vous qui entrez, quittez toute espérance” _ Porte de l’Enfer, studio QFX

Pour sa dernière exposition, le musée du quai Branly a convoqué les fantômes et autres créatures maléfiques d’Asie qui hantent habituellement la littérature, le théâtre, la peinture, le cinéma ou encore les mangas. Les grands moyens ont été déployés — reconstitution en 3D de spécimens terrifiants, extraits de films glaçants sur de grands murs, hologrammes et effets spéciaux — pour vous faire frissonner comme dans le plus génial des trains fantômes. Pas question ici de spoiler les nombreux effets de surprise mais avant de prendre votre ticket, ce petit lexique autour du fantastique japonais pourrait vous être utile. En cas de mauvaise rencontre. 😉

Utagawa Yoshitsuya, Le spectre d’Asakura Tôgo, 1861, Japon, Estampe, Fondation de l’Orient, Musée de Lorient, Lisbonne

Yûrei. Deux cas possibles après la mort : devenir un ancêtre ou un fantôme (yurei). C’est la plupart du temps du fait d’une fin violente ou anormale que le défunt revient parmi les vivants, pour accomplir sa destinée ou chercher à se venger.

 

Un fantôme est un défunt qui a mal tourné.

La prégnance de la croyance aux fantômes en Asie est certainement liée au bouddhisme, doctrine selon laquelle l’existence revêt une forme provisoire, n’est jamais éternellement figée. Le bouddhisme justifie encore un temps de latence et donc d’incertitude quant au devenir de l’être, avec l’existence des enfers, où l’âme entre deux réincarnations se retrouve pour expier ses fautes.

Détail du rouleau des “fantômes affamés”, emaki, 12ème siècle, Trésor national, Tokyo.

Gazi zoshi. Le rouleau japonais des “fantômes affamés” ou “gazi zoshi”, datés du 12ème siècle, figure la plus ancienne représentation de revenants connue à ce jour. Invisibles des vivants, perpétuellement affamés, les gaki viennent sur terre en quête de nourriture mais sont incapables de s’alimenter correctement à cause de flammes qui sortent de leur bouche.

Trois “peintures de fantômes”

Yûrei ga. Les “peintures de fantôme”, montées sur kakemono, sont une représentation de spectres, à taille quasi réelle. Elles se distinguent des estampes, de taille plus petite, qui représentent habituellement des portraits des acteurs grimés dans leur rôle de revenant. Investies de pouvoir bénéfique, ces images étaient exposées dans les commerces et les maisons. Elles servaient de décor lors des “veillées au cent bougies”, durant lesquelles l’on se racontait des histoires fantastiques.

Hokusai, le « Manoir aux assiettes » de la série des « Cent contes aux fantômes », vers 1831–1832

Hokusai. L’un des premiers peintres à délaisser la représentation théâtrale comme sujet de ses estampes pour créer de véritables compositions fantastiques.

Hologramme d’Oiwa, une création du studio QFX

Oiwa. La star des fantômes japonais. Son histoire reposerait sur des faits réels, colportés par des marchands ambulants dès le début des années 1700. En 1825, le dramaturge Tsuruya Namboku en tire une pièce de kabuki en cinq actes : Tokaido Yotsuya Kaidan ou Histoire de fantômes de Yotsura. Oiwa, jeune joueuse de biwa, défigurée après avoir avalé un poison administré par une rivale, est poussée au suicide par son compagnon, un samouraï déclassé. En adaptant la pièce pour le cinéma en 1959, Nobuo Nakagawa signe le premier grand classique en couleur de l’horreur japonaise. Les héritières de la malheureuse Oiwa, sorte d’icône de la femme violentée, font florès dans l’art populaire japonais. Sadako, avec ses cheveux défaits, sa longue robe blanche et son oeil exorbité, dans Ring de Hideo Nakata (1997) est certainement l’une d’entre elles.

La Femme-Chat. Capable de manipuler les humains à distance, elle se transforme et se délecte de leur sang : c’est un peu l’équivalent de notre vampire occidental.

Futakuchi onna, la femme à deux bouches, illustrée par Takehara Shunsensai, 1841, détail d’un livre, BnF

Yokaï. Terme générique qui désigne une multitudes de créatures surnaturelles aux intentions ambivalentes. Il existe des yokaï associés à toutes sortes de lieux et d’actions : le yokaï de la salle de bains, celui qui lave les haricots… Depuis les premiers rouleaux peints au 15ème siècle, en passant par les estampes de l’époque Edo, jusqu’aux mangas et films d’animation, ils s’avèrent une source d’inspiration inépuisable pour les artistes. Parmi les plus excentriques de l’exposition, la femme à deux bouches (futakuchi onna) responsable de révélations embarrassantes quand elle a faim et une femme dont le “long cou” (rokurobuki) lui permet d’espionner des compagnons volages, illustrées respectivement par Shunsensai et Hokusai.

Un exemple de “pamphletos”- ici avec celui du film “Ju-on”, de Takashi Shimuzu, 2002 – ces livrets que les spectateurs peuvent acheter dans les cinémas. Une pratique typiquement japonaise.

J-Horror. Nom donné à la nouvelle vague japonaise des années 1990–2000 qui fait entrer les fantômes dans le monde contemporain.

Fête d’O-bon. Célébration qui a lieu au mois d’août, durant laquelle les défunts sont censés rendre visite aux vivants. C’est le moment où les boutiques mettent en avant mangas et vieux films d’horreur. Les manga d’épouvante sont d’ailleurs un genre très apprécié au Japon, notamment des jeunes filles.

Une tête de samouraï noyé peinte sur la carapace d’un crabe, vers 1930, Japon et Masque de théâtre Nô représentant un noyé, 20ème siècle, Japon.

Funayûrei. Les “fantômes à bateau” sont des esprits de noyés qui cherchent à couler les embarcations. Selon la légende, les esprits des samouraïs noyés trouveraient refuge dans les carapaces des crabes, qui accrochées aux murs des maisons, deviennent des objets de protection.

Masque de shishi, vers 2000, japon, préfecture de Yamagata

Shishi. Adaptation chinoise du lion chinois gardien de temples. La danse des shishi, qui s’effectue généralement au début du printemps dans les temples, les rues, devant les commerces et les maisons, sert à chasser les mauvais esprits.

Jizô, vers 1970, Japon, Grès, Fondation Orient, Musée de l’orient, Lisbonne

Jizô. Ce Bodhisattva, souvent représenté sous des traits enfantins, protège les enfants dans la vie présente et la mort. Les sculptures de Jizô sont placées dans les temples et près des tombes pour guider les âmes errantes. L.G.