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Daisuke Igarashi, Petit forêt : édition intégrale, Éditions Delcourt.

352 pages

15 x 21 x 2.4 cm

Komori est un hameau dont le nom signifie, littéralement, “petite forêt“. Entouré de rizières et de forêts, il offre à ses habitants ce qu’ils se donnent la joie et la peine de cultiver, cueillir ou chasser. Parmi eux, Ichiko, jeune fille paisible avec un don pour la cuisine. Chacun de ses plats – un plat par chapitre – est une ode aux fruits de la terre et des efforts humains. Avec cette version intégrale de Petite forêt (Éditions Delcourt), Daisuke Igarashi, l’auteur culte de Les enfants de la mer, dresse un portrait poétique et tendre du Japon rural.

Retour aux sources (et aux rizières)

Ichiko vit à Komori, un petit hameau de la préfecture d’Akita, dans le Tōhoku. Komori signifie, littéralement, « petite forêt », un nom qui lui va comme un gant. En effet, entouré de rizières, de bois, de sources et de montagnes, le hameau vit au rythme de la nature.

Ichiko est revenue à sa terre natale après une longue parenthèse urbaine, déçue de ce que la ville n’a pas à offrir. On devine un cœur brisé et des relations amicales sans réel engagement. Ce n’est pas la seule : à Komori, nombreux sont les jeunes qui sont partis et sont revenus, un peu moins jeunes et un peu plus cabossés, embrasser à nouveau la vie rurale.

Tout en épousant le travail dans les champs, Ichiko dévoile peu à peu ses blessures secrètes La principale : une mère qui l’a abandonnée toute jeune. Cette mère absente est pourtant présente partout, et notamment dans la grande passion d’Ichiko : la cuisine.

En faire tout un plat

En effet, Petite forêt s’articule comme un menu de restaurant : un chapitre, un plat. Tout ce qu’Ichiko cueille dans son potager ou ramasse au fil de ses balades se transforme en met (et ça fait saliver). Qu’il s’agisse de reproduire le souvenir d’un plat de sa mère ou d’utiliser l’excédent de daikon qu’il ne faut surtout pas laisser pourrir, l’imagination culinaire d’Ichiko est sans limite.

La cuisine n’est pas seulement un prétexte pour faire découvrir les fruits et légumes locaux. Comme le fait remarquer le philosophe italien Emanuele Coccia dans son essai Philosophie de la maison (Rivages), la cuisine en tant que pièce est un endroit où tout ce qui rentre en ressort transformé. Et c’est vrai : aucune denrée alimentaire qui entre dans une cuisine en ressort telle quelle. C’est très certainement pour cela, dit le philosophe, que nous sommes autant attirés par les cuisines. Malgré les plus beaux salons, le potentiel transformateur de la cuisine a toujours le dessus.

Pour Ichiko, c’est pareil : élaborer des ingrédients bruts, des ingrédients qui sont pour la plupart le fruit de ses propres efforts et de ceux de sa communauté, c’est transformer. Les transformer et ses transformer avec eux. Évoluer.

Daisuke Igarashi, un mangaka très nature

Né en 1969, Daisuke Igarashi a commencé en tant que mangaka dans les années 1990. C’est justement Petite forêt, publié pour la première fois dans le mensuel Afternoon entre 2002 et 2005, qui donne un vrai coup d’envoi à sa carrière. Si la série met en scène un personnage féminin, personnage dans la peau duquel Igarashi se glisse avec énormément de grâce, Petite forêt retrace une expérience personnelle de l’auteur. En effet, Igarashi a vécu en autarchie pendant trois ans. Plongé dans les campagnes de la préfecture d’Iwate, il travaillait dans les rizières, tout comme Ichiko.

Cette expérience de vie en harmonie avec la nature, Igarashi va l’infuser dans tous ses manga. Outre Petite forêt, il est impossible de ne pas citer la série culte Les enfants de la mer, publiée entre 2006 et 2011.

De son côté, Petite forêt a marqué durablement les esprits. Il a compté parmi les finalistes de la dixième édition du prix Tezuka Osamu et a été adapté plus d’une fois au cinéma, dont un film japonais en deux parties sorties en 2014 et 2015, et un film et une série coréens sortis respectivement en 2018 et 2019.

Décidément, cette Petite forêt étend ses racines (et c’est une excellente nouvelle).

(edg)