Affiche
Bande-annonce
Synopsis
Un été, Nagisa, jeune citadine, rencontre Natsuo au bord de la mer. Sous une pluie battante, leurs mots maladroits et leurs regards hésitants les rapprochent. L’hiver venu, Li, une scénariste en quête d’inspiration, gagne un village enneigé avec l’appareil photo d’un ami disparu. Dans un gîte traditionnel, elle rencontre l’énigmatique Benzo. Deux saisons, deux rencontres inattendues et, pour chacun, une échappée qui pourrait tout changer.
En images
1 / 2L'avis d'Hanabi
Couronné du Léopard d’or à Locarno, le nouveau film du réalisateur de La Beauté du geste et de Jusqu’à l’aube est une ode d’une rare finesse aux mouvements imperceptibles qui nous rapprochent les uns des autres.
« La vie nous offre des choses que les mots ne peuvent exprimer », dit l’une des protagonistes. Difficile de mieux résumer le cinéma de Shō Miyake (La Beauté du geste, Jusqu’à l’aube), qui s’est toujours attaché à saisir la lumière des êtres là où les mots ne suffisent plus, captant les instants où la présence de l’autre ouvre sur une forme de transcendance : une montagne luxuriante, des rencontres impromptues, des corps qui s’abandonnent à la mer, dans la neige, sous la pluie, sur un tatami… Autant de moments fugaces, saisis sur le vif, déclics de vie comme de photographies. Les appareils argentiques occupent une place centrale dans Un été en hiver, le film cherchant à retenir l’insaisissable avant qu’il ne disparaisse.
Quatre inconnus, deux saisons, deux rencontres
Sur une plage, Nagisa et Natsuo se rencontrent. Jeunes, un peu perdus, ils nouent une parenthèse comme seul l’été sait en offrir, aux airs rohmériens de Conte d’été. Ils se retrouvent chaque jour, avec cette drôle d’intimité des inconnus qui n’ont rien à attendre l’un de l’autre… et se laissent pourtant embarquer. Sous le soleil et la douceur des vagues affleure un trouble, dont on frôlera tout l’émoi dans une magnifique scène de baignade, battue par la pluie. Puis le film bifurque… Ce que l’on croyait vivre était en réalité le scénario de Li, scénariste coréenne installée au Japon, en quête d’inspiration. À l’été répond l’hiver, saison des replis et des éclats de glace. Li quitte la ville pour un village enneigé et échoue dans une petite auberge désaffectée tenue par Benzo, un vieil homme au caractère bien trempé dont les aspérités dissimulent une profonde solitude. Il l’accueille auprès de son âtre. La lumière change, les confidences affleurent, bercées par le crépitement du feu. Après la lumière éblouissante de l’été, le film nous apprend à regarder autrement, dans la pénombre, là où Tanizaki, dans son Éloge de l’ombre, trouvait déjà une autre manière de faire surgir la beauté. Comme si l’hiver, loin de tout éteindre, permettait de voir ce que l’été aveuglait de son éclat.
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1 / 2L’un des grands noms du cinéma japonais contemporain sacré à Locarno
Il y a donc deux récits, deux saisons… qui se répondent comme deux états d’une même conscience. Chez Shō Miyake, les grandes révélations n’arrivent jamais là où on les attend. Et il suffit parfois de peu de chose pour rompre les solitudes, échapper à son propre enfermement. Les paysages deviennent les prolongements des personnages, avec une grande richesse de texture : la mer offre son immensité aux êtres qui ne savent plus où aller, pendant que le duvet de la neige semble suspendre le temps. Le cadre en 4:3 resserre les corps sans jamais les enfermer, comme si une fenêtre pouvait toujours s’ouvrir quelque part. Li se dit « emprisonnée dans une cage de mots ». Toute la beauté du film est là : alors que Li cherche désespérément à écrire, Miyake filme tout ce qui échappe aux mots. Il n’est pas seulement l’un des plus grands cinéastes japonais de sa génération. Il a aussi ce talent rare de rendre tendres et inoubliables les êtres que l’on ne regarde plus, bouleversantes les histoires les plus modestes. Un talent justement récompensé par le Léopard d’or à Locarno !
O. J.













