Tomoko Yoneda, dialogue avec Camus

Du 28/03 au 02/06

Maison de la Culture du Japon, Tomoko Yoneda, dialogue avec Albert Camus —  entrée gratuite.



Tomoko Yoneda se dit “artiste-détective”. Et c’est bien le fruit d’une enquête en images, autour de la figure d’Albert Camus, que la Maison de la Culture du Japon expose jusqu’au 2 juin. La photographe japonaise s’est donc rendue sur les lieux où vécut l’écrivain : le quartier de Belcour, à Alger, où Camus grandit, le Jardin du Hamma près de son appartement d’alors, l’université où il commença des études de philosophie, jusqu’à sa maison de Lourmarin.

 

On est loin cependant de l’image documentaire : la photographie ne peut décidément se résoudre à n’être qu’un simple reflet de la vérité lorsqu’un artiste s’en empare.

@Tomoko Yoneda, L’attente, port d’Alger, 2017, courtesy of ShugoArts

Derrière leur apparente tranquillité — un paysage de campagne, un monument, une vue prise de la chambre d’un hôtel — les photographies de Tomoko Yoneda dissimulent souvent une douleur. Celle de la perte d’un père pour Camus, blessé lors de la bataille de la Marne en 1914, celle qu’engendra la guerre d’Algérie de part et d’autre, celle des exils contraints. Sans légendes, le sens de ces images nous échapperait.

@Tomoko Yoneda, Maison. Ancienne demeure du docteur Le Forestier. Le Chambon-sur-Lignon, 2017, courtesy of ShugoArts

Les écrits ont bien entendu leur importance dans ce parcours de vie que recompose Yoneda. La construction d’une pensée paraît s’ancrer en des lieux. Et ainsi l’on scrute l’hôtel où fut écrite la première ébauche de L’Étranger, pour y déceler l’empreinte de l’auteur. On détaille la demeure du docteur Le Forestier, résistant qui soigna de nombreux enfants juifs, possible modèle du Dr Rieu dans La Peste … On comprend que pour Tomoko Yoneda, il s’agit encore de faire entendre la voix de l’écrivain de Ni victimes, ni bourreaux, son humanisme et ses questionnements, en ces temps toujours obscurs. Quelques images évoquent encore un Camus solaire, dans l’exaltation de vivre, celui des Noces à Tipasa ou de L’Eté à Alger. Malgré tout.