Daimyo, seigneurs de la guerre

Du 16/02 au 13/05

Musée Guimet www.guimet.fr



Bon, j’avoue… Je n’étais pas la plus emballée à l’idée de rencontrer ces Daimyo, grands seigneurs du Japon féodal, étant naturellement peu portée sur la thématique guerrière. Cependant, ma curiosité, mon attachement pour le musée Guimet et mon désir de vous servir, ami lecteur, ont rapidement pris le dessus.

Ce qui m’a séduit dans cette exposition très ramassée, c’est qu’elle propose finalement une expérience de visite relevant de l’art du spectacle. Onze armures, datant essentiellement de la période Edo (1603–1867), sont présentées assises sur des coffres, en majesté, comme le commandait l’usage dans la maison de ces seigneurs, où elles trônaient lorsqu’elles n’étaient pas portées. Elles ont été disposées en arc-de-cercle, sous la rotonde du musée, de sorte que semblent nous avoir été ménagés des tête-à-tête, où devrait-on plutôt dire des duels, avec chacune d’elle.

Armure aux armoiries de la famille Ogasawara, 18ème siècle, collection privée

On se prend à scruter ces masques de métal aux expressions codifiées, dite féroce (style ressei) ou martiale (style ryubu), pour y chercher l’âme de leur propriétaire.

Ces armures, qui recouvraient l’ensemble du corps, constituent aujourd’hui autant de silhouettes, d’enveloppes dont on doute qu’elles soient tout à fait inhabitées. Peu utiles en ces temps de paix de l’époque Edo, elles ont néanmoins été pensées pour être fonctionnelles, condensant les perfectionnements techniques des armuriers, souvent organisés en école. Mais ces costumes se devaient d’abord de démontrer la puissance des Daimyo, d’impressionner l’adversaire par leur raffinement esthétique et l’excellence d’exécution. De même, les matériaux employés pour les confectionner sont ici d’exception : galuchat, poils de yak importés de Chine (!), plumes de paon, soie, brocart, or, laque… En cela, ces armures témoignent bien de ce que Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo, rappelle à l’occasion de leur exposition : “Tout l’art de la guerre japonais consiste à ne pas la faire”. Une réflexion à laquelle on ne s’attend pas avant d’entamer cette visite et qui devrait concilier la bienveillance des plus pacifistes d’entre vous.

 

Armure aux armoiries de la famille Inagaki, fin 17ème siècle.

Votre billet au musée Guimet vous donne droit à visiter cette exposition Daimyo sur l’ensemble des trois espaces qui lui sont dédiés, à proximité les uns des autres : l’Hôtel Heidelbach, pour une présentation de panoplies de casques et attributs guerriers et le Palais de Tokyo, pour y voir une installation de George Henry Longly inspirée de ces armures.