Contre le harcèlement
08 Juin-14 Juillet

Relatant déjà très bien l’importance du personnel de santé auprès d’une population vieillissante, le film L’infirmière , qui sortira le 5 août, est donc rattrapé par l’actualité. La méfiance, le harcèlement puis le rejet dont est victime Ichiko dans le film, quelque soit la réalité de sa culpabilité, rappelle les pressions qu’ont subies les infirmières du fait de la pandémie du COVID-19. Nous avons décidé de nous engager contre le harcèlement, ce fléau particulièrement ancré au Japon.

La moyenne d’âge des infirmières au Japon est de 41 ans, relevée par le nombre croissant d’infirmières de plus de 60 ans (dont le nombre est passé récemment à 9%). Elles sont surtout nombreuses au Japon à arrêter le métier lors de leur premier enfant, vers l’âge de 30 ans. C’est la raison première de la désaffection de la profession mais il y a aussi l’environnement professionnel difficile à cause des horaires irrégulières, des journées à rallonge, du travail de nuit, des fortes responsabilités sans considération. Dans de nombreux cas, le manque d’attrait de la profession est aussi dû à un traitement inapproprié par les chefs de section ou les personnes chargées d’orienter et de former les jeunes recrues. Sans oublier la rémunération très basse, 30% inférieure à celle en France. Les programmes gouvernementaux pour améliorer les environnements de travail sont en cours depuis 2011.

Le coronavirus au Japon a provoqué non seulement une épidémie d’infections, mais aussi une vague d’intimidation et de discrimination contre les malades, leurs familles et les agents de santé. Une campagne gouvernementale de sensibilisation n’a permis que des progrès limités dans la lutte contre le harcèlement. Les témoignages d’infirmières victimes d’ostracismes se sont multipliés. L’une d’entre elles a dû quitter un parc de Tokyo où elle se baladait avec ses enfants sous la pression d’autres mères. Certaines n’étaient plus bienvenues dans les restaurants où elles mangent habituellement. D’autres ont été rejetées par les chauffeurs de taxi. A Hokkaido, la mère d’une infirmière a été suspendue à son travail. Lors d’un entretien d’embauche, le mari d’une autre a été informé qu’il ne serait pas pris en raison du travail de sa femme… Le ministère de la Santé a émis une directive aux garderies après qu’aient été interdits des enfants de médecins et d’infirmières.

Outre la peur de l’infection, les préjugés contre ceux qui sont même indirectement associés à la maladie proviennent d’idées profondément enracinées sur la pureté et la propreté dans une culture qui rejette tout ce qui est considéré comme étranger, impur ou gênant. Les travailleurs médicaux risquant leur vie pour soigner les patients sont une cible principale, mais les personnes travaillant dans les épiceries, livrant des colis et exerçant d’autres tâches essentielles sont également victimes de harcèlement. Les membres de leur famille aussi. « Nous comprenons les craintes des gens, mais les travailleurs médicaux font tout leur possible pour prévenir les infections dans les hôpitaux. Nous sollicitons votre soutien », a déclaré Toshiko Fukui, directrice de la Japanese Nursing Association.

La capacité à serrer les dents (gaman) est perçue comme une vertu au Japon. Les membres d’un groupe qui le perturbent en se plaignant, aussi grave en soit la raison, sont mal considérés. Toutefois, ces comportements longtemps naturels évoluent peu à peu et sont désormais officiellement réprouvés : “C’est honteux ! N’importe qui pourrait être infecté.”, a déclaré le premier ministre Shinzo Abe lors d’une session parlementaire à propos des actes de haine qui ont traversé le pays. La préfecture de Kanazawa a créé un autocollant pour soutenir le personnel médical et leurs familles, avec un message de remerciement. La Préfecture de Nagano a mis en place une collecte pour les infirmières en première ligne, à laquelle nous allons participer.

Les préjugés contre ceux qui ne sont pas considérés comme « purs » sont un héritage de l’époque féodale, lorsque certains Japonais engagés dans des professions telles que le tannage du cuir et la boucherie étaient jugés « impurs ». Leurs descendants sont encore aujourd’hui victimes de discrimination. Les personnes souffrant de maladies telles que la maladie de Hansen, ou la lèpre, ont également été contraints de vivre dans l’isolement des décennies après la découverte d’un remède. Les victimes des attentats à la bombe atomique américains de 1945 contre le Japon, connus sous le nom de hibakusha, et d’autres blessés dans des accidents industriels tels que l’empoisonnement au mercure ont subi un traitement similaire. Plus récemment, ceux qui ont fui la fusion nucléaire de 2011 à Fukushima ont été victimes d’intimidation et de harcèlement. Comme cet enseignant complice de la persécution exercée par la classe qui, en faisant l’appel, rajoutait devant le nom d’un réfugié de Fukushima le suffixe baikin (germe, virus) au lieu de kun (garçon)…

La société japonaise repose encore sur un modèle très strict d’organisation hiérarchique hérité de Confucius. Il en résulte une discrimination structurelle à l’égard des groupes considérés comme inférieurs, à commencer par les femmes avec le sekuhara (harcèlement sexuel) ou le matahara (harcèlement maternel poussant les femmes enceintes à démissionner). On trouve d’ailleurs ce hara (harcèlement) à toutes les sauces dorénavant : akahara à propos de l’exploitation des doctorants par les professeurs titulaires, le bokahara pour ce qui est de la domination exercée dans les clubs d’étudiants sur les nouveaux venus, le powahara et morahara pour les brimades et les humiliations infligées aux employés par les clients ou les petits chefs…. Et beaucoup de japonais s’en privent d’autant moins qu’ils ont été formés dès l’école, avec le ijime (harcèlement scolaire) justement évoqué dans Silent Voice ou dans cet extrait de Passion par exemple.

Ainsi le coronavirus n’a-t-il fait que réveiller des réflexes primaires dans la société japonaise qui a finalement bien des points de progression, et pour lesquels nous avons décidé de nous engager avec vous. Ainsi, plutôt que d’acheter de la publicité sur YouTube pour que la bande-annonce de L’infirmière soit vue, nous avons décidé avec le distributeur de donner cette somme aux infirmières. Chacune de vos actions sur Youtube permettra un reversement au personnel soignant japonais : 1 centimes pour une vue de la bande-annonce, 10 centimes pour un « j’aime » ou un commentaire de la bande-annonce et même 1 euro pour chaque abonnement à notre page Hanabi ! Ainsi pour que les applaudissements français parviennent avec intensité aux infirmières nipponnes, c’est simple : découvrez l’haletante bande-annonce de L’infirmière, cliquez et partagez-la avec tous vos proches pour que notre soutien soit le plus significatif possible.