TeamLab : Au-delà des limites

Du 15/05 au 15/09

TeamLab, Au-delà des limites, Grande Halle de la Villette, Paris.



Ceci n’est pas une exposition d’art. La Grand Halle de la Villette accueille depuis le 15 mai et jusqu’au 9 septembre, le projet fou du collectif japonais TeamLab.

Vous pourrez y voir des fleurs immenses s’épanouir puis faner suivant le rythme des saisons. Vous suivrez le vol d’intrépides corbeaux et la danse de papillons innombrables. Vous admirerez le ballet des baleines, le mouvement saugrenu des grenouilles… une féérie animée, projetée du sol au plafond sur plus de 2000 m2.

 

Ces installations numériques, en perpétuelle réinvention, réagissent avec les visiteurs. Vous faites un pas et apparaissent autour de vous des formes colorées tandis que les flots d’une cascade haute de 11 mètres s’écartent à votre passage. Ici, vous êtes invités à toucher les oeuvres : les petits samouraïs d’une procession joyeuse s’interrompent et vous observent, fâchés d’avoir été perturbés. Les images se mêlent et composent des “tableaux” uniques, qui résultent de combinaisons d’éléments toujours inédites. S’agit-il d’art ou d’un divertissement ?

 

Se tient là sans doute le pari de TeamLab et ce qui le différencie du meilleur spectacle de sons et lumières que vous avez vu : élever le code informatique au rang d’art.

Selon les mots de son président Toshiyuki Inoko, TeamLab révèle un monde où sont dépassées les frontières entre l’homme et la nature, entre les hommes entre eux, entre les différentes formes d’art. Mais le visiteur expérimente surtout un rapport harmonieux avec la technologie numérique, dont on lui apprend ailleurs à se méfier. On le convie à une expérience “immersive”, dont il ne peut que s’émerveiller, à moins d’avoir définitivement perdu son âme d’enfant. En cela, le message de ce groupe d’ultratechnologistes, comme ils se définissent eux-mêmes, est plus engagé qu’il n’y paraît de prime abord.

 

Mais tout cela fait-il de l’art ? Les installations de TeamLab soulèvent finalement une vieille question, bien plus ancienne que l’art numérique. En 1921, l’historien d’art Henri Focillon y répond déjà en quelque sorte, en évoquant les musées : « On ne va pas pour se renseigner dans les concerts : on essaye d’y être heureux…. Il faut que les musées soient considérés comme des espèces de concerts ». On devine que le musée entièrement dédié à l’art digital, que le collectif TeamLab ouvrira en juin prochain à Tokyo, serait de ceux que Focillon appelait de ses vœux.

L.G.