Foujita, peindre dans les années folles

Du 07/03 au 15/07

Musée Maillol à Paris. http://www.museemaillol.com.



C’est la découverte de l’oeuvre de Monet qui aurait fini de décider Foujita, alors à peine âgé de 14 ans, de devenir peintre. Issu d’une famille noble éprise de culture française, l’adolescent, qui s’adonne au dessin depuis son plus jeune âge, prend des cours de Français et s’inscrit à l’Ecole des Beaux Arts de Tokyo. Son diplôme en poche, il quitte le Japon treize ans après cette révélation :

“On me prédisait que je serai le premier peintre du Japon mais c’était le premier peintre de Paris que je rêvais d’être” a-t-il confié.

En plus d’une centaine d’oeuvres, l’exposition qui vient de débuter au musée Maillol, retrace la grande période parisienne de Foujita (1886–1968), de son arrivée dans la capitale, à son départ pour l’Amérique du Sud en 1931. Son image est omniprésente dans le parcours, à travers des papiers photographiques, des petits films d’époques, les tirages du photographe André Kertész et les autoportraits de l’artiste : silhouette mince, coupe au bol, lunettes rondes, petite moustache. Cette allure de dandy espiègle, c’est la carte de visite de Foujita dans le Paris des années folles, où l’excentricité est de mise chez les artistes et la notoriété un instrument de reconnaissance. Il fréquente ainsi de nombreux peintres, compositeurs, poètes — Picasso, Zadkine, Derain, Soutine, Kisling, Satie, Cocteau — lors de nuits mémorables à Montparnasse.

Léonard Tsuguharu Foujita, Femme allongée, Youki,1923, huile sur toile, collection particulière

Cependant, il y a bien d’autres choses à retenir à propos de Foujita. Tout d’abord peut-être, la délicatesse de sa touche, toute en transparence et son admirable virtuosité à rendre l’opalescence des chairs. Pour y parvenir, le peintre a mis au point un procédé longtemps tenu secret, dit des “fonds blancs”, qui consiste à appliquer de nombreuses et fines couches de peinture successives. Les nus féminins, resplendissants, constituent selon nous, la plus belle salle de l’exposition. La blancheur des corps, dont celui de sa femme Youki (qui veut dire “Neige”), celle des visages de ses portraits mais aussi l’aspect délavé de ses fonds captent le regard.

Léonard Tsuguharu Foujita, Composition au lion, huile sur toile, Maison-atelier Foujita, Conseil départemental de l’Essone.

Ce parti-pris pour la lumière, qu’il partage finalement avec le chantre de l’impressionnisme à l’origine de sa vocation, éclate dans quatre compositions monumentales de 1928, fonctionnant en diptyque, Grandes Compositions et Combats, odes à la figure humaine. Dans une veine maniériste qui rappelle Michel-Ange, Foujita multiplie les hommages à cet art occidental qu’il affectionne : un couple enlacé reprend la pose du Baiser de Rodin, un visage perdu dans la foule serait celui de Picasso, un tableau dans le tableau reprend la Vénus au Miroir de Velasquez… En effet, Foujita s’est aussi forgé en regardant et copiant au Louvre les maîtres du passé. Son inspiration puise également à des sources contemporaines, auprès de son aîné, le Douanier Rousseau, de ses amis de l’Ecole de Paris dont Modigliani et Zadkine, voire des surréalistes. La diversité des ces influences, auxquelles s’ajoute en premier lieu l’héritage de la peinture japonaise, avec la primauté donnée au trait, à la netteté de la ligne, constituent autant de caractéristiques majeures de l’art de Foujita, plus profond qu’il pourrait y paraître de prime abord. C’est tout le mérite de cette exposition, à la scénographie aérée, soignée et didactique, de nous en faire prendre conscience. L.G.