Tête-à-tête avec une infirmière



Comme le démontrait déjà le film Senses avec ce passage, les infirmières ont beau être au premier rang dans la bataille pour la santé, elles ne reçoivent pas de médailles pour autant au Japon. À l’occasion de la sortie du film L’Infirmière de Koji Fukada, Hanabi a voulu rencontrer l’une de ces vaillantes anonymes (Mei* est son nom d’emprunt) qui pansent et sauvent mais qu’on oublie trop souvent.

 

 

Mei a 29 ans, elle travaille depuis six ans en tant qu’infirmière à Tokyo. Elle connaît la profession et ses nuances, les couloirs des hôpitaux, les conditions des cabinets et le travail à domicile. Elle incarne toute la difficulté de cette profession et la ténacité requise pour la pratiquer dans des conditions adverses, témoignées, entre autres, par son désir de rester anonyme. Rencontre secrète mais éclairante que vous livre Hanabi.

 

 

HANABI : Peux-tu nous expliquer ton parcours d’étude et pourquoi tu as choisi de devenir une infirmière ?

 

MEI : Au départ, ce n’était pas prévu ! Ma mère était infirmière et quand j’étais petite je détestais ça. Elle rentrait tard et elle était trop fatiguée pour s’occuper de moi. Pendant mes années de fac, j’ai fait un petit boulot en hôpital et le domaine de la santé m’a plu,  je me suis finalement lancée. La formation dure deux ans en école, suivi d’un stage. C’était très dur ! Ma boss était horrible avec moi, elle ne me considérait pas, n’était pas pédagogue et ne me laissait jamais prendre mes jours fériés. Je travaillais souvent la nuit et les patients ne me respectaient pas. Plus d’une fois je me suis faite insulter parce que j’arrivais quelques minutes après qu’ils aient appuyé sur la sonnette.

 

 

 HANABI : Penses-tu que cette forme de non-respect est liée à ton statut d’infirmière ?

 

MEI : Tout le monde respecte les médecins au Japon, bien plus qu’en France d’ailleurs ! Les infirmières en revanche sont très peu considérées parce qu’elles n’ont pas fait de longues études.

 

 

HANABI : Quelle sont les différences notables entre les infirmières en hôpital, en clinique et à domicile ?

 

MEI : Les infirmières en hôpital sont celles qui travaillent dans les conditions les plus difficiles, mais elles sont les mieux payées grâce à leurs horaires de nuit. Mon salaire a donc un peu baissé depuis que je suis en clinique, mais c’est beaucoup plus agréable.

Je pense que les différences entre les hôpitaux et les cliniques sont les mêmes qu’en France : les cliniques sont la plupart du temps des établissements privés, contrairement aux hôpitaux publics, elles sont beaucoup plus petites, et il n’y a quasiment pas de grands malades ou de grosses opérations à faire.

A domicile, c’est encore différent. Contrairement à la France, je ne suis pas certaine qu’il soit possible d’être infirmière libérale au Japon. Les infirmières à domicile dépendent d’une société, le plus souvent gérée par un médecin qui s’occupe d’un réseau d’infirmières qu’il envoie dans différents domiciles. Ça a l’air d’être le cas pour l’héroïne du film de Koji Fukada.

 

 

HANABI : As-tu déjà été victime d’actes abusifs en exerçant ton métier d’infirmière ?

 

MEI : Mis à part quelques patients ou mon ancienne boss à l’hôpital, je n’ai jamais eu de problèmes. Mon métier n’est pas la fierté de ma vie, mais je n’ai pas honte d’en parler, au contraire, j’aide les gens à aller mieux et ça me semble important.

En revanche, j’ai entendu qu’avec le Covid-19 certaines infirmières travaillant dans des hôpitaux ont eu des problèmes. Même si je n’ai pas été confrontée à ça, car les patients touchés par le virus ne sont pas admis dans les cliniques, j’attendrai un petit moment avant d’exercer mon métier dans des lieux publics.

 

 

HANABI : Justement de nombreuses infirmières ont témoigné avoir été rejetées par la société pendant l’épidémie du covid-19. Comment en as-tu entendu parler ?

 

MEI : La première fois que j’en ai entendu parler, c’était aux informations à la télévision. Le gouvernement japonais demandait d’arrêter de rejeter les infirmières qui étaient plus que nécessaires en ces temps de crises. Je trouve ça très difficile et triste pour toutes ces infirmières harcelées, mais je ne suis pas réellement choquée. Le Japon fonctionne comme ça, contrairement aux français nous n’allons pas faire grève et devons continuer d’assumer le métier dans lequel nous nous sommes engagés. Tout ce que nous pouvons espérer, c’est que l’épidémie se calme pour de bon.

 

 

En attendant que cette accalmie arrive ou, mieux encore, que la mise au point d’un vaccin écourte l’attente, Hanabi a décidé de venir en aide aux infirmières japonaises en organisant des « avant-premières solidaires » : lors des séances du 26 juillet et 4 août, une partie de la recette sera dévolue à la cause des soignants japonais.

 

 

 

Propos recueillis par Annabel Mora