Comment partir au Japon quand on est coincé au Brésil



Qu’y a-t-il de plus dépaysant que d’être à l’étranger ? Partir à l’étranger quand on est déjà à l’étranger ! Un ticket de métro suffit pour quitter la mégalopole de São Paulo, au Brésil, et se retrouver en un claquement de doigts à Tokyo. Hanabi vous embarque dans un voyage dans le voyage à la découverte de la Liberdade, le quartier japonais de São Paulo, et à la rencontre de la plus large communauté nippone en dehors du Japon.

 

 

 

Dimanche matin. Il fait beau à São Paulo et le soleil tape fort sur le béton des gratte-ciels du Centro, sur les feuilles gigantesques des philodendrons, sur l’enchevêtrement des câbles électriques et sur les pyramides de noix de coco, ananas et mandarines à l’entrée des botecos. Vous vous engouffrez dans le métro et quelques stations suffisent pour passer d’un dépaysement à l’autre. Le panneau ne laisse aucun doute : « Liberdade – Japão ».

Vous sortez du métro. C’est jour de feira. Vos sens commencent à vous raconter une nouvelle histoire, imprévue, déroutante. Le parfum perçant de l’huile de dendê avec lequel les bahianaises font frire les acarajés se mélange aux notes denses de l’huile de sésame dans lequel un vieux monsieur est en train de faire revenir des nouilles. Une étale de bonsaïs à gauche. Un stand de lanternes en papier à droite. Un autre alphabet sur les devantures. Où avez-vous débarqué ?

 

Bienvenue à la Liberdade, le quartier japonais de São Paulo. Des Japonais au Brésil ? Oui, senhor. Entre 1908 et 1973, entre le débarquement du Kasato Maru et du Nippon Maru, le premier et le dernier navire transportant des travailleurs japonais, arrive le noyau de ceux qui deviendront 1.500.000 de descendants près d’un siècle plus tard. La pauvreté au Japon, la surproduction de café au Brésil et le blocus de la part de l’Italie du principal canal d’immigration de l’époque poussent les deux gouvernement à nouer des rapports politiques et commerciaux.

Les premières décennies de l’implantation nippone au Brésil sont particulièrement difficiles : persuadée de ne rester que quelques années avant de rentrer au pays, la communauté japonaise se cloitre en elle-même, renfermement « facilité » par les préjugés des Brésiliens qui voient dans cette vague asiatique un obstacle au « blanchissement » de la population.

La Seconde Guerre mondiale ne fait qu’empirer les choses : ennemis dans un pays allié des États Unis, ils se retrouvent d’autant plus ostracisés par les Brésiliens et sans aucun contact avec le Japon, tout lien de communication ayant été coupé de force. La défaite du Japon, à laquelle un bon nombre d’entre eux ne peut se résoudre, est la fin du rêve du retour. Faute d’alternatives, les Japonais s’urbanisent, poussent leurs enfants à se scolariser et se former davantage, tissent des liens avec les autres communautés.

Doucement mais sûrement, les Nippo-brésiliens se forgent une place dans la société et apportent au panthéon des grands noms de la culture brésilienne leurs propres descendants, surtout dans le domaine des arts, de l’artisanat et de la culture. Si la visibilité de la communauté nippone est encore trop timide dans les médias brésiliens, leur présence y est néanmoins grandement respectée et reste à l’abri des clichés. Et leur quartier, disions-nous, est désormais l’un des endroits les plus cool de la ville.

 

 

 

Que faire donc à la Liberdade, cette enclave japonaise au Brésil ? Quelques idées :

 

  • Les samedis et les dimanches, flâner à la Feira da Liberdade, le marché de produits alimentaires et d’artisanat asiatiques.

 

 

 

  • Visiter le Museu Histórico da Imigração Japonesa, pour découvrir en détail l’histoire incroyable de la migration nippone au Brésil. Tableaux, objets du quotidien et documents originaux en font une mine d’information sur un pan de l’histoire du Brésil aussi important que méconnu.

 

 

 

  • S’isoler, le temps d’un instant, du brouhaha de la mégalopole à l’ombre des bambou du Jardim Oriental de la rua Galvão Bueno. Un étang, des carpes, un jardin japonais : de quoi partir à Kyoto sans prendre l’avion.

 

 

 

 

 

 

  • Manger, manger, manger. Entrer dans chaque restaurant, chaque échoppe, chaque supermarché asiatique, et ressortir le ventre plein.

 

 

 

  • Faire le plein de mangas en langue originale à la Livraria Sol.

 

 

  • Essayer de se retrouver à la Liberdade à l’un des moments suivants : en février pour le nouvel an chinois ; en avril pour le Hanamatsuri, la fête des fleurs ; en juin pour le championnat de sumo de la Liberdade ; en juillet pour la Tanabata Matsuri, la fête des étoiles ; en décembre pour le Toyo Matsuri, le grand festival oriental de la ville, et pour le Moti Tsuki, la fête de fin d’année.

 

 

  • Écouter en boucle quelques uns des artistes de la scène indépendante de São Paulo issu de l’immigration japonaise, comme Curumin et Dudu Tsuda.

 

 

Alors, et si nous faisions un petit détour par le Brésil pour arriver au Japon ?

 

 

 

(edg)